Vincent Lambert : l’affaire qui divise la France

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Alors que le médecin en charge de Vincent Lambert avait débuté l’arrêt des traitements et la sédation profonde, la cour d’appel de Paris a ordonné la reprise des soins. Un nouveau sursis pour le devenir d’un homme qui divise le pays.

Acharnement thérapeutique ?

Acharnement thérapeutique, prise en charge d’un grand handicapé, les débats font rage autour du cas Vincent Lambert. Cet homme de 42 ans, accidenté de la route en 2008 et en état pauci-relationnel depuis 2009, est devenu le symbole du déchirement d’une famille mais aussi de tout un pays sur l’euthanasie. D’un côté, son épouse Rachel Lambert, qui plaide pour un arrêt des soins de son mari, affirmant que ce dernier lui avait fait part de cette décision dans le cas où il serait victime d’un grave accident. De l’autre, une mère épleurée qui lutte pour que l’on maintienne son fils en vie.


Si Vincent Lambert n’est raccordé à aucune machine pour l’aider à respirer, il est toutefois dans l’impossibilité de déglutir, ce qui oblige une alimentation et une hydratation par sonde. C’est d’ailleurs de ces soins minimaux dont parlent les médecins ou médias. En effet, l’arrêt des traitements recommandés par une partie du corps médical correspond donc à une mort par déshydratation. Un procédé accompagné d’une sédation profonde pour éviter la souffrance comme le préconise la loi Claeys-Léonetti. C’est ce processus qui a été entamé par le docteur Sanchez lundi matin au CHU de Reims où Vincent Lambert se trouve depuis 2009. En guise d’information, les parents de Vincent avaient reçu un courriel le matin même.

Dans la soirée, la cour d’appel de Paris a ordonné la reprise des soins jusqu’à ce que le comité des droits des personnes handicapées de l’ONU se prononce sur le fond du dossier. En effet, un avis consultatif favorable au maintien en vie avait déjà été émis par cette instance quelques jours auparavant. L’annonce de la décision a été faite alors même que des soutiens de Vincent Lambert s’étaient réunis à proximité du Ministère de la Santé à Paris. Une petite victoire temporaire pour les parents de Vincent Lambert. Mais une autre partie de la famille dont un neveu du patient reste favorable à l’arrêt des soins.

Les oppositions franches ne sont donc pas prêtes de s’arrêter au coeur de la famille Lambert. L’avocat de l’épouse de Vincent, sa tutrice légale, a d’ailleurs fait savoir qu’il allait déposer une plainte après la diffusion lundi d’une vidéo du patient en train de pleurer. Le président de la République a été contraint de s’exprimer. Il a affirmé être profondément touché par l’affaire tout en expliquant qu’il ne lui appartenait pas de suspendre une décision conforme aux lois qui relevait de l’appréciation des médecins. Pourtant, ces appréciations restent complexes à expliquer. En effet, malgré des dizaines de tentatives, aucun expert n’est parvenu à lire une réponse quant au choix définitif du patient lui-même.

Cette affaire privée a bel et bien bouleversé le domaine public. Le processus d’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation apparaît comme barbare et aurait tendance à pousser l’opinion publique vers une législation plus claire sur une euthanasie active, et c’est aussi ce que dénoncent les militants pro-vie.