Union européenne – Contre-offensive pour la langue française (Présent)

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Comme elle semble loin, l’heureuse époque où le français, en raison de sa clarté et de ce que le britannique Harold Nicholson appelait sa « précision géométrique », était la langue diplomatique par excellence. Langue exclusive de presque toutes les chancelleries au XIXe siècle, et des grands traités internationaux depuis celui de Rastatt (1714), le français, qui s’était substitué au latin, n’a, hélas, cessé de perdre du terrain depuis le début du XXe siècle au profit d’un anglais que ses adeptes ne se cachent pas de vouloir imposer à tous. C’est ainsi que, bien que faisant partie des trois langues officielles de l’UE, le français se voit aujourd’hui quasiment banni de la Commission. Une situation proprement intolérable pour tous les francophones, et notamment le groupe de fonctionnaires européens Carré bleu, qui a récemment adressé à Ursula von der Leyen une lettre ouverte dénonçant les dangers du « monolinguisme anglais » et exigeant de pouvoir continuer à « utiliser le français sans [se] cacher et sans [s’]excuser ».

Un anglais appauvri imposé à tous !

Au Parlement européen, Jean-François Jalkh est souvent en première ligne pour défendre notre langue.

 

 

 

 

 

 

En effet, s’indigne à juste titre Carré bleu, « en une décennie seulement, la situation s’est fortement dégradée » : la moindre réunion, la moindre note de service doit désormais être rédigée dans la langue de Shakespeare. Et « même lorsque l’ensemble de la hiérarchie est francophone, nous recevons comme instruction orale de ne pas produire de documents […] dans d’autres langues que l’anglais » ! Pire encore : les anglophones de naissance étant rares, l’anglais pratiqué est un anglais appauvri. Or, l’affaiblissement du vocabulaire affaiblit en même temps la pensée, et conduit immanquablement à un « nivellement par le bas, chacun étant forcé de se conformer au plus petit dénominateur commun ». Une évolution étudiée et chiffrée en 2016 par des députés français qui, dans un rapport parlementaire, avaient signalé que les documents de la Commission rédigés en français étaient passés de 40 % en 1997 à seulement 5 % en 2014 (contre 45 % et 81 % pour l’anglais). Un comble, quand on se souvient que le français compte plus de 300 millions de locuteurs dans le monde et est la langue officielle de 31 pays.

Le Brexit, point de départ de la reconquête ?

Cette hégémonie croissante de l’anglais se justifie d’autant moins que les Britanniques s’apprêtent à quitter l’Union, laissant Malte et l’Eire comme seuls pays anglophones. Un bouleversement que Carré bleu n’a pas manqué de souligner, en avertissant que la Commission, en utilisant « une langue qui est essentiellement une langue tierce », donne non seulement « un avantage concurrentiel à des Etats tiers comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis », mais envoie en outre aux peuples d’Europe « un signal déplorable ». Aussi le collectif demande-t-il à la prochaine présidence de la Commission d’exiger de ses commissaires et directeurs généraux qu’ils mettent en place « une politique incitative du multilinguisme, en montrant eux-mêmes l’exemple dans leur communication interne ». Cette demande a évidemment reçu le soutien immédiat de l’ambassadeur de la France auprès de l’UE, Philippe Léglise-Costa, qui, rappelons-le, n’hésite pas à claquer régulièrement la porte des réunions où la langue française n’est pas respectée. Mais Junker ayant relayé cette réclamation des fonctionnaires francophones a suscité… un éclat de rire de ses interlocuteurs, qui pensaient qu’il plaisantait. Il y a encore du chemin à faire !

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