Trafic de drogue : le gouvernement lance l’opération « Balance ton dealer »

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Le gouvernement lance l’opération « Balance ton dealer ». Mardi, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a annoncé le lancement d’un nouveau plan anti-drogue. Parmi la batterie de mesures, l’expérimentation d’une plateforme d’appel pour signaler les points de vente, au plus grand dam des habitants.

Un plan anti-drogue baptisé « Ofast »

Alors qu’Emmanuel Macron a promis de faire de la sécurité l’une des priorités de l’acte 2 de son quinquennat, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, accompagné du secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez, le ministre de la Justice, Nicole Belloubet et celui des comptes publics, Gérald Darmanin, se sont rendus dans la cité phocéenne pour présenter un nouveau plan anti-drogue baptisé, « Ofast ».

Une annonce en grande pompe de la part du pensionnaire de la Place Beauvau alors que le trafic de drogue ne s’est jamais aussi bien porté en France. 30 tonnes de cannabis seraient consommées chaque mois dans le pays, et selon la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) le chiffre d’affaires du trafic de drogue pèse au bas mot 3,5 milliards d’euros, pour un coût sanitaire estimé à 8 milliards. Des sommes d’argent colossales auxquels il faut également ajouter les nombreux règlements de compte, 45 déjà cette année.

Ainsi, l’exécutif fait mine de muscler son jeu pour faire face à des trafiquants qui utilisent des méthodes plus violentes, plus perfectionnées, moins traçables , inspirées de celles du grand banditisme ou du terrorisme. 

Une opération « Balance ton dealer » dangereuses pour les habitants des zones de non-droit ? 

Une batterie de 55 mesures a également été présentée pour « frapper fort », selon les dires de Christophe Castaner. Parmi celles-ci figure une plateforme d’appel anonyme permettant de signaler les points de vente !

Dans les faits, le gouvernement compte sur les habitants des quartiers en proie au trafic de drogue pour dénoncer les dealers qui campent en bas des immeubles. 
Une forme de délation qui, en plus d’être contestable, pourrait s’avérer improductive voire extrêmement néfastes. En effet, les habitants de ces zones de non-droit ,premières victimes du trafic de drogue, ne devraient pas prendre le risque de signaler les points de vente par crainte de représailles. D’autant que les signalements ne donneront pas lieu à d’interventions immédiates. En effet, l’office anti-stupéfiant ouvrira une enquête pour regrouper les filières, ce qui laissera la liberté aux dealers de s’en prendre aux éventuelles « balances » et surtout de se déplacer… 

D’ailleurs, de telles représailles sont devenues monnaie courante. A Lyon, un couple de retraités, soupçonné d’avoir dénoncé des dealers, a été pris pour cible par les jeunes trafiquants, les obligeant à déménager.  

Pire, en annonçant publiquement une telle plateforme téléphonique, le ministre de l’intérieur a ajouté de l’huile sur le feu. Face au risque de délation, les trafiquants de drogue vont redoubler de vigilance et faire pression sur l’ensemble des habitants des quartiers pour éviter tout risque de signalement. Ainsi, la peur ne sera qu’amplifiée et les menaces devraient se multiplier. 

Au-delà de cette mesure à risque pour des habitants déjà terrorisés, le plan anti-drogue du gouvernement ressemble, comme le discours migratoire d’Emmanuel Macron, à un grand pêle-mêle d’effets d’annonces pour rassurer alors que les ministres et les préfets se succèdent depuis 20 ans à Marseille pour mettre fin au trafic de stupéfiants, sans succès.   

Plus généralement, l’aspect superficiel des mesures semble tout à fait évident. Et pour cause, si le gouvernement entendait s’en prendre frontalement au trafic de drogue, il ne manquerait pas de créer des épisodes éparses de guerres civiles dans de nombreux territoires… une situation qu’En Marche se gardera bien de provoquer… surtout à quelques mois des élections municipales.

Ce sujet sera abordé lors du JT de TV Libertés de ce soir