Tirs de mortiers : guerre ou feux de Bengale ? – Olivier Frèrejacques

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« Des policiers essuient des tirs de mortiers », « Des policiers pris pour cible dans plusieurs cités de Seine Saint-Denis », l’actualité dominée par la « guerre sanitaire » serait-elle en passe d’être remplacée par la « guerre en banlieue » ?

A en croire de nombreux médias, des tirs de mortiers ont été déplorés dans des quartiers dits : « populaires », « chauds » ou « de l’immigration » selon que vous serez de gauche, du centre ou de droite.

Mais qu’en est-il de ces fameux « tirs de mortiers » ? Il y a quelques mois, un journaliste du site Arrêt sur image, Loris Guémart, évoquait la guerre des mots qui se cache derrière ce terme de « tir de mortiers ». Une expression qui a une fâcheuse tendance à faire dans le sensationnel et qui inspire une crainte démesurée.

En effet, s’il est évident que certains territoires du pays sont particulièrement exposés à la délinquance et que la période de tension actuelle y voit s’exprimer des actes de violences, cela ne doit pas empêcher d’être précis et d’expliquer ce qu’il se passe dans la limite du possible sans agiter le chiffon d’une artillerie fantasmée.

 

Que sont ces fameux mortiers dont tout le monde parle ? 

Le mortier est une pièce d’artillerie portative à tir courbe. Et comme vous pouvez le voir ci-dessous, il s’agit de matériel de guerre, la vraie. Inutile d’ajouter que ces « produits » ne sont pas en vente libre.

Jusqu’à présent, aucune pièce d’artillerie de ce type n’aurait été retrouvée en banlieue.

Mais alors pourquoi parle-t-on de mortiers lorsqu’il est question de « grabuge » dans les banlieues ? Pour une raison bien simple : car il s’agit de mortiers… d’artifices. Des objets pyrotechniques utilisés dans un cadre « festif », le 14 juillet par exemple.

Dans le jargon policier, le mot mortier est usuellement retenu et est donc utilisé face aux journalistes et à l’appareil judiciaire notamment. Un mot qui est ensuite repris sans plus d’explications et qui laisse croire en une véritable guerre de tranchées entre banlieusards et policiers.

Or, recevoir un projectile de type mortier d’artifice n’est certes pas sympathique, mais tout à fait incomparable avec un tir de mortier-matériel de guerre.

Ces matériaux ne sont donc pas des ustensiles de guerre mais peuvent, comme nombre d’objets, devenir des armes par destination et blesser les personnes visées tout comme les utilisateurs peu avisés.

Une différence qu’avait relevé le média Libération en novembre 2019 et qui n’est pas sans importance. La novlangue peut en effet être bien utile pour effrayer et rendre une actualité sensationnelle, et dans le cas précis cela se fait « au détriment des délinquants de banlieue ».

Olivier Frèrejacques