Terrorisme : le gouvernement face à la réalité

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Après l’hommage, les justifications. Mardi, Christophe Castaner a été sommé de s’expliquer après l’attentat à la préfecture de police de Paris. Face aux députés, le ministre de l’intérieur a été chahuté alors qu’Emmanuel Macron a appelé à la plus grande vigilance.

La journée a été longue, très longue pour Emmanuel Macron et Christophe Castaner. Mardi, soit cinq jours après l’attaque au couteau à la préfecture de police de Paris, le chef de l’Etat et le ministre de l’Intérieur ont dû faire face à leurs responsabilités. Des responsabilités à des niveaux différents. En effet, comme bien trop souvent ces dernières années, Emmanuel Macron a prononcé un discours d’hommage aux quatre victimes de Mickael Harpon, ce fonctionnaire islamiste habilité au secret défense. Lors de sa prise de parole, le président, rompu à cet exercice depuis sa prise de fonction il y a deux ans et demi, a donc répété sa volonté de lutter contre l’hydre islamiste et a appelé la Nation toute entière à faire bloc.

Un discours offensif de la part du chef de l’Etat, cependant il est loin d’être novateur. En effet, avant lui déjà, en août 2016 après les attentats islamistes de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray, François Hollande avait souligné «la nécessité d’une vigilance de tous les instants» face au terrorisme islamiste. Une rengaine qui revient, donc, en boucle mais cette fois-ci, Emmanuel Macron est allé un peu plus loin que son prédécesseur. Si le chef de l’Etat a tapé du poing un peu plus fort que précédemment, il n’en demeure pas moins que son discours reflète une forme d’impuissance de la part des institutions et donc de son gouvernement. 

Par ailleurs, en appelant toute la Nation à faire bloc, Emmanuel Macron a également élargi le spectre comme pour camoufler les errements de son ministre de l’intérieur et le dédouaner en partie de ses responsabilités. Surtout, qu’au même moment, Christophe Castaner était attendu au tournant par la délégation parlementaire au renseignement et surtout par les députés lors des questions au gouvernement. D’ailleurs, pendant plus de deux heures, les députés d’opposition, dont certains réclament depuis plusieurs jours sa démission, n’ont pas manqué de le chahuter.

Très critiqué depuis l’attaque, le locataire de la Place Beauvau a donc été interpellé et sommé de s’expliquer sur sa prise de parole erronée, les liens qu’entretenait Mickaël Harpon avec un imam radicalisé. Face au feu des critiques auquel Christophe Castaner a répondu par le nombre d’attentats déjoués depuis le début de l’année, c’est bien le P remier ministre, Edouard Philippe, qui est monté au créneau comme pour sauver un soldat blessé. Le chef du gouvernement a rendu hommage au travail des forces de l’ordre assurant également que toute la lumière serait faite tout en évoquant la « revue d’ensemble » des effectifs du renseignement français, que souhaite l’exécutif. Cette mesure consistera à vérifier individu par individu que des signaux faibles n’auraient pas été émis et pas pris en compte. Si Christophe Castaner a pu de nouveau compter sur son ange gardien, Edouard Philippe, son calvaire parlementaire n’est pas terminé. Il est attendu jeudi matin par la commission des lois du Sénat.