Surprise-partie / Portes ouvertes à Washington (Présent)

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Vae victis ! « Malheur aux vaincus ! », s’était exclamé le chef gaulois Brennus lorsque les Romains protestaient du trucage de la balance, qui mesurait les trois cents kilos d’or qu’ils devaient payer en rançon aux Gaulois pour que ceux-ci se retirent de Rome. Quelques jours avant, les guerriers avaient tenté de prendre d’assaut de nuit le Capitole, dernier retranchement des Romains. Mais les oies, apeurées par leur arrivée silencieuse, ont caqueté avec la puissance qu’on leur connaît, et ainsi donné l’alerte. C’est alors que les assiégeants proposèrent cette rançon aux assiégés : en échange de l’or, ils repartiront. Le Capitole était sauf.

« Malheur aux vaincus », c’est en substance ce qu’ont crié les démocrates après le scrutin controversé qui a vu la victoire de Joe Biden. Les qualificatifs utilisés par l’immense majorité des médias étaient au mieux méprisants et au pire injurieux à l’encontre des républicains. Ce traitement est la première raison de la colère qui a pris les conservateurs. Alors, à tort ou à raison, Donald Trump n’a pas digéré sa défaite et a continué à entretenir l’excitation de ses électeurs. Echaudés par les manifestations Black Lives Matter, ils désiraient faire une démonstration de force dans les rues, eux aussi. C’est ainsi que, mercredi dans l’après-midi, se tenait à Washington une gigantesque manifestation de soutien à Donald Trump. Concomitamment, à l’intérieur du Capitole, siège du pouvoir législatif, les parlementaires délibéraient sur le résultat définitif de la présidentielle. C’est au moment de la dispersion que tout a dégénéré. Des centaines de milliers de manifestants se sont rendus devant le Capitole et ont commencé à entrer dedans. Les forces de l’ordre, parfaitement débordées, se sont trouvées submergées et le bâtiment a été envahi.

Etrange émeute que celle-ci, où les émeutiers n’ont pas tout ruiné, avançant, dans une ambiance bon enfant, dans un palais dont la décoration est à mille lieues de celle de leur maison du Midwest. Les tableaux d’une valeur patrimoniale et historique immense ont été respectueusement préservés, comme on peut le voir sur les images qui tournent en boucle sur les réseaux. A peine quelques potaches se sont-ils amusés à se faire prendre en photo, les pieds sur des bureaux, ou assis sur les sièges du Congrès. Quelques objets comme des pupitres ont été volés. En revanche, les portes et autres barrages ont évidemment été forcés et cassés. C’est d’ailleurs en essayant de forcer une barricade improvisée qu’une femme, nommée Ashli Babbitt a été tuée d’un coup de pistolet par un garde.

Pendant ce temps, Donald Trump appelait au calme et exhortait ces manifestants à rentrer chez eux. Assez rapidement, Twitter a bloqué la possibilité aux internautes de relayer son message. Et un peu plus tard, les comptes du président sur Facebook, Twitter et Instagram ont été bloqués, l’empêchant de s’exprimer. Un scandale extrêmement grave et inquiétant. Que des acteurs privés peuvent détenir un tel pouvoir est une question déterminante pour l’avenir de la liberté.

Jeudi matin, le Congrès a officiellement validé la victoire de Joe Biden. Donald Trump a reconnu sa défaite et promis qu’il y aurait une transition tout à fait normale le 20 janvier. Puisqu’il faut le dire clairement, Donald Trump n’a, à aucun moment, incité ses électeurs à entrer dans le Capitole, et leur a répété sans cesse de rentrer chez eux.

Cette soirée inoubliable et totalement absurde contribue à rendre la réalité plus absurde que les fictions les plus idiotes. L’an 2021 commence sur les chapeaux de roues. C’est devenu un lieu commun de le dire, mais l’Amérique est divisée en deux camps et la tension n’ira que grandissant. Lorsque l’internationale des progressistes affrontera dans les rues les conservateurs, peut-être à coups de fusil, la question ne sera pas de savoir comment on en est arrivé là, mais pourquoi cet affrontement n’avait pas eu lieu plus tôt. Que Dieu bénisse l’Amérique.

par Présent