Quel scénario de sortie de crise économique – Pierre Bergerault

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Les Français au creux de la vague ! Comme l’a dit le premier ministre dimanche, « la crise ne fait que commencer ». En réalité elle n’a même pas encore commencé et durera des années. Il faudra donc trouver un chemin pour la reprise économique. Mais le scénario proposé par le gouvernement d’un déconfinement progressif laisse penser que tout ira lentement.

Selon toute vraisemblance, il y aura pour commencer, une petite accélération de l’activité. Les entreprises ayant vendu leur stock, il leur faudra produire de nouveau mais personne ne sait encore à quel rythme. Dans quelles conditions les salariés retourneront sur leur lieu de travail ? Et comment les chaînes de production se rétabliront-elles à l’échelon national et international ? A l’heure des délocalisations et de la spécialisation, les entreprises dépendent beaucoup les unes des autres…

Quoi qu’il en soit, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la production et la consommation tourneront au ralenti pendant au moins un an. En effet, les particuliers confrontés à un marché du travail dégradé et les entreprises en manque de visibilité resteront frileux sur leurs dépenses malgré le phénomène d’épargne forcée auxquels ils ont été confrontés avec le confinement. Un ralentissement donc, jusqu’à l’arrivée des masques et du vaccin, pour ceux qui l’accepteront, à moins qu’il ne soit obligatoire.

Le secteur privé devra d’abord gérer les priorités : relancer l’activité tout en veillant à la sécurité sanitaire de ses salariés, rembourser les crédits obtenus dont l’Etat s’est porté garant, ainsi que payer les impôts et cotisations reportés grâce au plan d’urgence du gouvernement. Concernant les annulations de charges, le ministre de l’Economie avait bien précisé qu’elles iraient aux entreprises risquant la faillite, jusqu’à 80% dans certains secteurs, comme les restaurants et autres lieux accueillant du public.

L’Etat devra ainsi veiller à organiser une sortie progressive du système de chômage partiel et une politique monétaire accommodante pour pouvoir s’endetter encore davantage. Dette qui selon les dernières estimations du gouvernement devrait atteindre les 115% du PIB. Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, rappelait qu’en la matière « il n’y a pas de plafond » pour faire face au coronavirus.

Et vu le flou artistique de l’accord trouvé à l’arraché par les membres de l’Eurogroupe le jeudi 9 avril, le gouvernement ne pourra compter que sur lui-même. Pareil pour l’Espagne ou l’Italie, durement touchés par l’épidémie, dont les faiblesses pourraient mettre la zone euro en péril. Faiblesses que les Italiens n’ignorent pas… 53% d’entre eux souhaitent maintenant sortir de l’Union européenne et de l’euro. Qu’en est-il des Français ?

Pierre Bergerault