Nicole Notat : une comtesse de Ségur en Macronie – Olivier Frèrejacques

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L’actualité de ce début de semaine est marqué par l’organisation d’un « ségur » de la santé, comprendre un sommet pour essayer de rénover le système de santé français. Celui-ci, qui doit durer 7 semaines, ne devrait naturellement pas bouleverser la donne mais a tout du petit coup de communication auquel la majorité En Marche accorde beaucoup d’importance.


Une syndicaliste de centre-gauche

Au-delà de la manœuvre stratégique (presque marketing), c’est le choix de la personne mise à sa tête qui interroge. Nicole Notat, 72 ans, est en effet l’archétype du personnage de ce qu’Emmanuel Macron appelle « le monde d’avant ».

A la tête de la CFDT de 1992 à 2002, elle est souvent présentée comme « raisonnable », elle qui a ancré la CFDT au centre gauche notamment en soutenant la réforme Juppé sur les retraites en 1995. Elle opèrera pendant son mandat un véritable rapprochement avec le Medef, marquant une différence notoire avec la CGT et FO et finissant de faire de la CFDT un syndicat de collaboration épuré de ses éléments les plus marqués à gauche. Pour parvenir à ses fins au sein du syndicat, qui n’était pas encore la première centrale de France, Nicole Notat aurait eu recours à des méthodes peu respectueuses de la bienséance électorale

En 2002, fraîchement retraitée du syndicalisme de collaboration, Nicole Notat va se tourner vers les affaires ! Elle qui fit mai 68 et qui n’est pas issue de l’ENA mais de l’école normale d’instituteurs, va fonder Vigéo, une véritable machine à cash idéologique. En outre, Nicole Notat est la première femme à avoir préside le club « Le siècle » de 2011 à 2013.


Vigéo : le lucratif business de la morale sociétale (et Nicole « nota »… les entreprises)

Vigéo est une agence de notation sociale et environnementale dont les pratiques sont très controversées.

Elle analyse la gestion environnementale et sociale des entreprises à l’aide d’indices, fabriqués maison, et dont l’élaboration est opaque.

Ainsi le Canard Enchainé citera en mars 2018 un chef d’entreprise qui affirmait « tu files 200 000 à 300 000 balles, on certifie que ta boîte est écolo et sociale, et te voilà peinard ». Et pour cause, qui paye la facture de cette notation ? L’entreprise notée… Difficile pour Vigéo dans ces conditions de dire du mal de ses propres clients.

Dans le collège des investisseurs de Vigéo, on peut croiser notamment La Banque Postale, Lazard Frères et la Société Générale, dans le collège des syndicats, c’est très naturellement que l’on retrouve la CFDT, quant au collège des entreprises, il regroupe des sociétés comme McDonald’s, la SNCF ou encore Vinci.

 

Consanguinité public/privé, Nicole Notat est partout !

Le business monté par Nicole Notat dépasse les seules entreprises privées désireuses de se faire bien voir. En effet, la loi prévoyant depuis 2001 que les entreprises cotées en bourse publient des informations sociales et environnementales dans un rapport annuel, Vigéo, devenu depuis VigéoEiris (après la fusion avec le britannique Eiris en 2015) permet à ces entreprises de remplir cette obligation…

Cette morale imposée par le public au privé a un nom : la Responsabilité Sociale des Entreprise (RSE), un joujou politiquement correct qui permet à Vigéo de faire du profit en « mesurant » ce RSE.

Financé à l’origine par la caisse des dépôts et consignations, Vigéo mange à tous les râteliers ! Nicole Notat, elle, a pris un peu plus de galon avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, tout comme son ami Jean-Dominique Sénard, président sortant de Michelin et passé chez Renault. Ce dernier avait travaillé avec elle auprès de l’exécutif sur un rapport sur « le rôle de l’entreprise dans la société française »…

Un joli carnet d’adresses pour cette ancienne patronne syndicale dont la société Vigéo est depuis avril 2019 une filiale de l’agence financière américaine Moody’s.

Habile, idéologiquement lisse et raccord avec le crédo « sociétalement correct », rodée au fonctionnement des institutions et des grandes entreprises, Nicole Notat apparaît comme la technicienne idoine pour brasser un maximum d’air dans le cadre du Ségur de la Santé. Le 21 janvier dernier, nous vous évoquions ses chances d’être ministre dans le journal de TV Libertés ; elle entre finalement dans l’équipe de manière indirecte.

Olivier Frèrejacques

Image : capture d’écran YouTube