Marine Le Pen contre la violence

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Marine Le Pen vient de publier une lettre ouverte à l’adresse de ceux qui voudraient attenter à nos institutions républicaines. Nous la reproduisons in extenso :

 » Portées par une colère légitime qui s’exprime avec le mouvement des Gilets Jaunes, certaines personnes, souvent plus par désenchantement que par conviction, ont pu se laisser tenter par une remise en cause plus ou moins implicite de nos institutions de la Vème république.

Certes, si le droit de critiquer nos institutions relève de la démocratie, la remise en cause de nos institutions y compris avec une prétendue VIe République me paraît totalement malvenue.

A un moment où le ministre de l’Intérieur tente de discréditer le mouvement par l’accusation artificielle de sédition, au moment où le pays a besoin de décisions, les imprécations en faveur d’un renversement de la Vème République sont inutiles, mais surtout ambiguës et donc inutilement dangereuses.

Cette revendication qui fait écho de manière assez grossière, au programme politique d’un candidat à la présidentielle vient, en outre, entacher l’image d’apolitisme que le mouvement citoyen éminemment estimable des Gilets Jaunes tient à juste titre à conserver.

Sur le fond, dans les moments qui engagent la paix civile, il m’apparaît, au contraire, utile de réaffirmer notre attachement à la République, à ses valeurs et tout particulièrement au régime politique, dont le général de Gaulle nous a fait les héritiers.

Le fait qu’un titulaire de la charge présidentielle manque à ses devoirs par une attitude vécue par des millions de Français au-delà du mépris comme une violence, le fait qu’il exerce son mandat davantage comme un banquier d’affaires que comme un homme d’Etat ne doivent pas conduire à des conclusions erronées. La France ne souffre pas de l’institution présidentielle. Elle pâtit du défaut d’incarnation de la fonction par un homme dénué d’empathie pour le peuple, engoncé dans la morgue des élites et le mépris de classe. Cette haute et si nécessaire fonction est abîmée par les logiques comptables de technocrates qui n’ont que l’argent comme critère d’appréciation humain et comme fil conducteur politique.

« Il n’est de richesse que d’homme » rappelait le philosophe Jean Bodin.

Les plus aimables institutions deviennent détestables lorsqu’elles sont servies par des hommes aveugles à la misère des leurs, sourds aux cris de détresse et de surcroît muets au moment où une parole forte serait si nécessaire.

Nous croyons que la sortie de crise est essentiellement politique. Cette solution bannit évidemment et de manière absolue tout recours à la violence qui ne ferait qu’ajouter le chaos à la misère ; elle bannit les outrances qui ne font qu’ajouter au désordre et alimenter les peurs; elle bannit l’attentisme qui est source de doutes. Mais ce retour du politique exige de la part du pouvoir de sortir de ses postures accusatoires, de ses manipulations de bas étage, de ses calculs misérablement politiciens. S’il persiste dans cette attitude, il prend le risque de se voir rattraper par la réalité.

Ce conflit qui monte des profondeurs d’un pays livré depuis 30 ans à la mondialisation sauvage et meurtri par un légitime sentiment d’abandon soulève trois grandes questions: le pouvoir d’achat immédiat ; la crise de représentativité politique, syndicale et sociétale ; la fracture territoriale.

Au-delà, se pose la question du consentement à l’impôt avec cette question qui revient en permanence sur les ronds-points: « où va l’argent ». De ce point de vue, la perspective d’une signature imminente du pacte antisocial et antinational de Marrakech constitue une nouvelle provocation dont M. Macron devrait impérativement se dispenser. Ce serait là davantage qu’une erreur de communication.

En parallèle, se posent de multiples questions relatives par exemple à l’attitude des banques envers les plus modestes et les petites entreprises, la question des pratiques des tribunaux de commerce, la renationalisation indispensable des autoroutes, les critères d’attributions des HLM, les copinages dans l’octroi des marchés publics, les cadeaux fiscaux faits aux grandes entreprises, la concurrence déloyale organisée, les choix énergétiques… La liste n’est pas exhaustive. Il faut que nous puissions aborder tous ces sujets sans tabou et les traiter sans délai. C’est cela la transformation tangible de la société qu’espèrent les Français.

Le mouvement que je préside est prêt à participer sans attendre à ce ou ces débats.

A ce stade, la balle est dans le camp du Président »