Macron et la guerre économique qui s’annonce – Olivier Pichon

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Le ridicule de Macron va-t’en guerre contre le virus, ne visait qu’à s’assurer un consensus d’artifice, pour mieux justifier le confinement (soit un contrôle des populations) et sans doute calmer les ardeurs gilet-jaunistes en passe de se réveiller. Après tout, la guerre a cette utilité de permettre la censure et de tenter médiocrement l’union nationale, voire l’union sacrée. Mais la comparaison s’arrête là, rien à voir avec nos guerres mondiales et le nombre des morts journaliers de la grande guerre par exemple, la comparaison est indécente pour les poilus, leur moyenne d’âge était de 25 ans, ceux d’aujourd’hui, en moins grand nombre, sont à trois fois cet âge. Par ailleurs si guerre il y a, celle-ci n’est pas sanitaire mais dans le refus de la contrainte sanitaire dans les territoires perdus de la république, plutôt une guérilla urbaine.

Mais, la guerre économique, la vraie, commence avec les conséquences de la crise sanitaire et celle-là sera dure, impitoyable.

Parmi les victimes le monde de la finance en survie artificielle, perfusé de crédits publics et cher aux yeux du Président et de sa clique. Ainsi ce que veut encore défendre Macron c’est son monde celui dont il est issu, celui qui l’a fait président. Macron est déjà dans le coup d’après avec la fin du confinement, son amateurisme dans la gestion de la crise sanitaire (masques, thérapie appropriée, vaccin, chloroquine, tests etc.) va céder la place à la seule chose qu’il ait jamais su faire et pour laquelle il a été « fabriqué » à savoir son tropisme ploutocratique. La guerre économique donc, mais contre qui, contre quoi ?

1.La finance plutôt que la France

Pourquoi faudrait-il que la finance renonce à sa logique propre ? Même si elle est éprouvée, elle va tenter de se refaire avec l’aide des pouvoirs publics comme en 2008. Exemple la Sécurité sociale, au moment où, en raison de la crise du corona, celle-ci emprunte 70 milliards pour faire face à l’épidémie. Au moment où Macron se gargarise de  » souveraineté », nous serons de ce fait, un peu plus encore, dans la main des banques américaines qui voient dans cette source de revenu (la constance des Français et le pouvoir coercitif de l’état) le moyen de se refaire. Eloïse Benhammou en a fait l’analyse avant la crise (Kleptocratie française les Jardins des Livres) Et c’est en analysant les bilans (par exemple dans l’affaire Kerviel) des diverses entités de la Société Générale qu’elle a découvert de très étranges organismes, destinées avant tout à brouiller les pistes. Au fur et à mesure de son enquête menée dans différents environnements financiers, elle dévoile tout le système technique et ultra-opaque comptable qui permet aux banques françaises et étrangères de voler chaque jour des milliards à la France et aux Français, et cela en toute discrétion, raflant au passage nos cotisations sociales. Banques, RSI, ACOSS, CADES, Caisses de retraite, etc. L’auteur nous montre que tout le système social et fiscal français (mais aussi belge) est désormais entre les seules mains du capitalisme financier le plus sauvage contrôlé par Wall Street. La France est totalement soumise à la volonté des grands banquiers qui, du coup, et malgré leurs crimes, échappent logiquement à la justice puisqu’elle est rendue par le même Etat contrôlé par les banques ! Comme aux Etats-Unis. Un livre implacable pour les banquiers et les politiques car l’auteur montre, entre autres, à quoi et à qui servent en réalité nos cotisations sociales : à enrichir avant tout les banquiers étrangers qui ont pris le contrôle de la France. On aura compris que ce nouvel emprunt est le bienvenu.

2.Privatisation ou nationalisation ?

Il semble qu’il se commette un contresens sur la question, dans cette période où, même le ministre des finances parle de nationalisation, un mot qui lui aurait arraché la bouche deux mois auparavant. Il n’est pas du tout sûr que cela soit l’aboutissement de la crise mais plutôt son contraire. On peut craindre en effet que notre épargne soit tout simplement prise en otage et qu’il s’agit maintenant de vendre les bijoux de famille aux voyous de la finance. Comment en effet faire face aux formidables dettes accumulées sans recourir à un mouvement massif de privatisations et de perte de souveraineté, façon Alstom. La conséquence de la distribution d’argent massif quasi gratuit a pour effet de déprécier les biens qui perdent en valeur : l’argent gratuit n’achète que des choses sans valeur, mais il dévalue celle que l’on possède et que l’on s’est procuré par le travail. Les Français, pour l’heure, se félicitent de l’argent distribué mais le réveil risque d’être brutal.

3. Inflation, l’alchimie moderne

Faisant suite aux considérations qui précèdent il apparaît que nous sommes plongés dans une logique faustienne : l’économiste suisse Hans Christoph Binswanger (décédé le 18 janvier 2018 à Saint-Gall), a montré que Goethe pressent que l’économie moderne dans laquelle la création monétaire joue un rôle central est la continuation de l’alchimie médiévale par d’autres moyens. La création monétaire a un caractère magique. Pour comprendre cela, reportons-nous à l’acte I du Faust II. Les caisses de l’empire sont vides :

L’EMPEREUR
L’argent manque, eh bien ! procures-en donc ! 
MÉPHISTOPHÉLÈS
Je vous procurerai ce que vous voulez et plus encore !

Ainsi le plus inquiétant est à venir, lorsque la prise de conscience se fera sur la guerre des prix, compte tenu de la disproportion entre les énormes moyens monétaires disponibles et la production réduite de biens et services. Exactement comme en 1919 où les énormes quantités de monnaie émises pour financer la guerre ne correspondaient, à cette date à aucune offre, celle-ci d’autant plus réduite par les destructions de la guerre (1). Ce fut la fin de l’étalon or et la ruine des monnaies et des épargnants. Les anticipations d’inflation pourraient entrer dans la danse en refermant le piège. Ceci pourrait déboucher sur une crise financière mondiale tant le tas de dettes (entendez tas de paille) non résorbé depuis la crise de 2008 se présente comme une matière inflammable. Les mesures de politique monétaire seront impuissantes à empêcher directement la faillite de certains États (Grèce, Italie, France …) ou indirectement, celle de grandes entreprises ou de banques. La politique monétaire a tenté d’enrayer la panique en engageant des mesures de rachat de dette publique pour permettre aux États endettés de parer au plus pressé (chômage partiel, sauvetages …) mais en alourdissant la masse dangereuse des liquidités. En Europe, le danger d’une crise des dettes souveraines, comme en 2012 pourrait provoquer un éclatement de la zone euro qui manqua de peu de se produire et ne pourrait probablement pas être enrayée cette fois. Le FMI le disait en octobre 2019 ( attestant au passage que le corona n’a été que le catalyseur d’une crise déjà là)  pour le cas des seules entreprises privées et nous ne parlons pas des ménages.

« En cas de ralentissement marqué de l’activité, dans le plus sombre des scénarios, 40 % de la dette des entreprises dans les huit plus grandes économies, soit 19 000 milliards de dollars [17 000 milliards d’euros], seraient exposés à un risque de défaut, soit plus que le niveau observé durant la dernière crise »
Il n’est pas sûr que Macron ait la dimension faustienne dans cette guerre en cours.

(1) De l’or à la monnaie Papier, le changement d’ère. Olivier Pichon
Le jardin des livres.

Olivier Pichon