Lubrizol : une lueur après le nuage ?

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Deux semaines après l’incendie de l’usine chimique de Lubrizol, les habitants de Rouen et de ses environs attendent toujours des réponses. Si des premières actions semblent menées pour indemniser les agriculteurs, le danger sanitaire n’est toujours pas connu. 

L’épais nuage qui entoure l’incendie de Lubrizol à Rouen n’est prêt de s’estomper. Deux semaines après l’incendie qui a ravagé l’usine classée Seveso, les pouvoirs publics et la direction de Lubrizol avancent à petit pas. Alors que les habitants réclament des explications et surtout la vérité après les déclarations trop rapides des différents ministres dépêchés sur place, pour le moment, les réponses se font encore attendre même si quelques décisions ont été prises ces dernières heures.

Lubrizol va indemniser 450 agriculteurs victimes de l’inciendie

En effet, jeudi, le Sénat a voté à l’unanimité la création d’une commission d’enquête afin d’évaluer l’intervention des services de l’État dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l’incendie de l’usine Lubrizol. D’un autre coté, l’État et le Fonds de mutualisation des risques sanitaires et environnementaux ont trouvé un accord avec l’entreprise Lubrizol, qui va indemniser quelque 450 agriculteurs victimes de l’incendie de son usine chimique. Dans le détail, Lubrizol va indemniser 453 éleveurs des six départements, la Seine-Maritime, l’Oise, l’Aisne, la Somme, le Pas-de-Calais et le Nord, frappés par les interdictions préfectorales de produire du lait.

Ainsi, une enveloppe de 50 millions d’euros devrait voir le jour pour couvrir les pertes subies par tous les agriculteurs et les autres secteurs non agricoles touchés. Un premier geste en direction des agriculteurs qui n’enlève cependant rien aux conséquences de l’incendie. En effet, s’il s’agit d’indemniser les pertes, le calvaire n’en serait pour autant pas terminé. Ces derniers craignent de voir leur cahier de commande se réduire à peau de chagrin d’autant que le risque sanitaire et les conséquences toxicologiques ne sont toujours pas connues.

D’ailleurs, mercredi, le ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a indiqué que des taux de dioxine plus importants que la normale, mais en dessous des seuils de toxicité, ont été relevés le jour de l’incendie. Une première conclusion pas très rassurante qui peut en laisser présager d’autres d’autant que selon l’inventaire partiel de l’entreprise, «plusieurs produits identifiés pour Lubrizol et Total sont considérés comme potentiellement dangereux pour la santé et l’environnement, notamment deux huiles minérales pour voiture et l’usinage des métaux.

Le Gouvernement navigue dans le flou

Un constat loin d’être rassurant pour les Rouennais et bien loin des conclusions hâtives des ministres dépêchés sur place qui affirmaient que tout allait bien. Ce tollé a valu un rétropédalage en règle de la part du gouvernement qui a finalement avoué que personne ne pouvait connaître la dangerosité exacte de l’incendie. Alors que le lien de confiance entre les pouvoirs publics et les habitants a été rompu, une délégation de ministres composée d’Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, s’est rendue à Rouen pour installer un « comité pour la transparence et le dialogue ». S’il s’agit de regagner un peu de crédibilité auprès des Rouennais , cela prouve avant tout le malaise gouvernemental qui navigue dans le flou face à une telle situation.

Ce sujet sera abordé lors du JT de TV Libertés de ce soir