Les agriculteurs toujours seuls dans le chaos du déconfinement – Pierre Bergerault

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Pas de bras, pas d’assiette ! L’opération « Des bras pour ton assiette », lancée par le gouvernement, a fait pschitt. L’idée était pourtant séduisante : inciter les personnes en chômage partiel à se rendre utiles en travaillant pour les agriculteurs privés de main d’œuvre à cause de la fermeture des frontières. Malgré les effets d’annonce, sur les 300 000 candidatures, seules 15 000 personnes ont été contractualisées… ça rappelle les promesses de don oubliées après le Téléthon !

Les lourdeurs administratives à la française et la rudesse du métier auront ont eu raison des personnes en quête d’un complément de revenu. De leur côté, les agriculteurs ne se sont pas précipités sur cette main d’œuvre, trop débutante. Les travailleurs venus habituellement d’Espagne, du Portugal, d’Europe de l’est ou du Maghreb, représentant un tiers des 200 000 saisonniers, montrent à quel point la France est devenue dépendante en matière agricole, mais pas que… Si le président Macron a estimé que la France devrait redevenir souveraine en matière de production de masques, rien n’a été annoncé en matière alimentaire. Les chômeurs de longue durée auraient pu être formés durant cette période de confinement mais rien n’a été fait en ce sens.

Les concepteurs de l’opération « Des bras pour ton assiette » assurent aujourd’hui améliorer leur système pour les salariés de la restauration ou de l’hôtellerie qui resteront inoccupés tout au long du mois de mai et peut-être plus. Mais ces derniers seront désormais en concurrence avec les travailleurs étrangers, excepté les Tunisiens et Marocains. 40 000 sont attendus. Le gouvernement a en effet a confirmé jeudi qu’ils pourraient venir sur le territoire à condition d’avoir un contrat de travail. Qui sait, avec la crise économique qui vient, l’immigration professionnelle sera peut-être désormais privilégiée. L’ancien député, Marion Maréchal, invitée sur TVLibertés s’est pour sa part déjà exprimée en faveur de la priorité nationale.

Reste que les professionnels ont vu jusqu’à 20% de leur production partir à la poubelle. Pour limiter la casse, certains ont néanmoins pu faire appel à leur famille ou aux travailleurs étrangers, déjà présents sur le territoire, légalement ou non. Une perte due aussi au fait qu’avec la psychose, relayée par les médias de masse, les consommateurs se sont rabattus sur les denrées non périssables.

Les prochains jours seront cruciaux. Alors que le temps de la cueillette des cerises, abricots et fraises se profile, certains agriculteurs estiment que faute de main d’œuvre d’ici une semaine, une partie de leur récolte sera perdue. Du côté des transports, le trafic aérien est réduit malgré le déconfinement et Orly ne rouvrira pas avant fin juin. Pour couronner le tout, les compagnies aériennes n’ont pas l’obligation d’appliquer la distanciation sociale d’un mètre entre les voyageurs. Business oblige !

Pierre Bergerault