La longue agonie des prisons françaises

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Mardi soir, un détenu multirécidiviste s’est retranché dans sa cellule de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), prenant deux surveillants en otage. Un nouvel exemple qui prouve que les prisons sont au bord de l’explosion et que le système carcéral est en pleine crise. Surpopulation, tentatives d’évasion et agressions rythment le quotidien des surveillants totalement démunis.

Un système carcéral à l’agonie ?

Une forteresse aux pieds d’argile, voilà comment qualifier le système carcéral français. Mardi soir, un détenu a pris en otage deux surveillants pénitentiaires, dont une stagiaire, et s’est retranché dans sa cellule de la prison de Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne. Équipé d’armes artisanales, le prisonnier revendiquait son transfert dans un autre centre et des médicaments.

Après plusieurs heures de négociation, les otages ont été libérés et le détenu s’est rendu aux forces de l’ordre. Cependant, la situation qui se reproduit inlassablement. Pourtant, cette nouvelle prise d’otage condense tous les maux dont souffre le système carcéral français. En effet, l’auteur de cette séquestration n’est autre que Francis Dorffer, surnommé le champion de la prise d’otage carcérale. Et pour cause, l’individu, incarcéré depuis près de 20 ans pour des faits de vols, de viols mais aussi pour l’assassinat d’un codétenu, est associé à au moins cinq autres prises d’otages. En 2006, il avait retenu une psychiatre à la prison de Nancy, en 2009 un surveillant à Clairvaux, en 2010 un psychiatre à la prison de la Santé à Paris et en 2011 un gardien à Poissy. Un gros poisson bien connu qui a donc prouvé une nouvelle fois les faiblesses des établissements pénitentiaires alors que la prison de Condé-sur-Sarthe est considérée comme l’une des plus sécurisées de France. Une réputation largement remise en cause puisqu’il ne se passe pas une année sans que l’établissement ne soit émaillé d’agressions graves: à coups de barre de fer en 2015, d’équerre métallique et de plaques chauffantes en 2017 et même une prise d’otages en 2013. Dernier fait en date : le 6 mars dernier le détenu radicalisé, Michaël Chiollo, avait violemment agressé et blessé deux gardiens avec la complicité de sa compagne qui bénéficiait d’un droit de visite en unité de vie familiale.

12 agressions par jour en prison

Si la prise d’otage de mardi soir s’est bien terminée pour les deux surveillants séquestrés, la situation n’en demeure pas moins explosive. Entre surpopulation carcérale, manque d’effectifs, violence et radicalisation, la situation devient intenable dans les prisons françaises. Preuve en est, le nombre record de tentatives d’évasions sur les 6 premiers mois de l’année 2019. Face à une telle situation, les réponses du ministre de la justice, Nicole Belloubet, se font toujours attendre.

Si le gouvernement s’est engagé, à travers sa réforme de la Justice à créer 7 000 places de prison avant la fin du mandat d’Emmanuel Macron, la réalité vire au cauchemar pour les surveillants de prison. L’administration pénitentiaire a recensé 4 314 agressions physiques contre des agents en 2018 contre 3 923 en 2017, soit près de 12 agressions par jour.  Avec un tel constat, le secteur a toutes les peines du monde à recruter… les dernières promotions en 2019 comptaient respectivement 496 et 418 élèves sur 600 places disponibles.

Malgré ce bilan implacable, le garde des sceaux ne semble pas prendre la mesure du problème. Pour rappel, l’une de ses seules propositions a été l’installation de téléphones fixes dans les cellules. 

Retrouvez ce sujet dans le JT de TV Libertés de ce soir.