Hong Kong : bientôt une demi-année de contestation

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Bientôt une demi-année de mobilisation contre Pékin à Hong Kong. La cité anciennement britannique semble engagée dans une lutte de longue haleine face à l’Etat central, mais difficile de prédire quelle sera l’issue du conflit…

L’autonomie de Hong Kong menacée

Cela fera bientôt six mois que la région administrative spéciale d’Hong Kong est en crise.
Une demi année d’opposition entre Pékin et de nombreux hongkongais qui voient peu à peu l’héritage britannique et sa démocratie libérale s’effacer au profit du dirigisme pékinois.

C’est une loi d’extradition prise par le gouvernement de Hong Kong, lui-même soumis à l’Etat central, qui est à l’origine de cette crise. Si ce texte de loi ne changeait pas franchement la donne en matière de pratique judiciaire, il s’inscrivait dans une tendance lourde de prise en main des affaires du territoire par la Chine. Une prise en main en contradiction avec les accords dits « de la déclaration sino-britannique de 1985 » qui consacraient le retour du territoire dans le giron de la république populaire de Chine avec un statut d’autonomie. Une autonomie garantie par les textes jusqu’en 2047.

Or, la pression chinoise sur la société hongkongaise est forte et l’autonomie du territoire se réduit très rapidement à la faveur de l’arrivée massive de continentaux et de pressions en tout genre : démographique, financières et économiques avec Pékin qui, en arrière-plan, tire les ficelles pour reprendre au plus vite les manettes du territoire.

Une situation qui pousse les habitants à se mobiliser pour ne pas tomber sous le joug de Pékin… et si le projet de loi qui a déclenché les mobilisations a été finalement évacué, la gronde, elle, perdure. Les manifestations de masse et les coups d’éclat médiatique, amplifiés par l’utilisation des réseaux sociaux, comme toute contestation qui se respecte depuis la révolution numérique, focalise l’attention de l’Occident sur le territoire… les pays européens et l’Amérique du Nord ayant évidemment des intérêts dans cette place forte de la finance.

Dernier évènement en date symbolisant l’importance des mobilisations : l’annulation du tournoi féminin de Hong Kong. Une annulation qui succède à d’autres, chanteurs annulant leur concert, sommets économiques déplacés… et inévitablement baisse importante du passage d’étrangers sur le territoire… un territoire qui vit pourtant de ces transhumances financières voire touristiques.  Autre signe de l’importance qu’a pris le mouvement lors des trois derniers mois : la colère des hongkongais touche désormais toutes les générations, ainsi même les élèves du secondaire se mobilisent.

Une situation inédite dans un territoire réputé calme

Si des manifestations pacifiques ont lieu depuis le début de la crise, des affrontements entre manifestants un peu plus âgés avec les forces de police ont également éclaté. Une attitude inédite dans ce territoire réputé très calme.
Autre éléments de plus en plus présents ces dernières semaines : les hongkongais demandent de l’aide à l’étranger. Ainsi lors d’une manifestation devant le consulat étasunien, des manifestants réclamaient tout bonnement l’intervention de Donald Trump… Une demande loufoque et pour le moins étonnante mais qui témoigne du niveau d’inquiétude qui touche la population et du risque de contamination internationale de la crise hongkongaise.

La crise, prenant toujours plus d’ampleur, pourrait s’exporter en Chine et dans la région mais même au-delà de l’Asie en cas de prise de position occidentale, qui pourrait mener à une crise majeure dans le monde. Et pour cause, si la Chine est peu regardante sur les droits des personnes, les Etats occidentaux lui ont néanmoins confié les clés d’une très large partie de leur production et une opposition à Pékin pourrait avoir de très fâcheuses conséquences…
Plus généralement, la crise que connaît Hongkong en cette année 2019 est la suite de celle dite de « révolution des parapluies de 2014 » et annoncera probablement d’autres crises dans les années à venir.

Au-delà du cas chinois, l’aspect systématique de ces crises citoyennes, à Hongkong comme ailleurs, semblent bel et bien être un marqueur des modes de conflits qui agiteront le monde dans les années à venir.