Grèves : vers une lente agonie du mouvement

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Après un mois et demi de grève, le mouvement s’essouffle en dépit du soutien de l’opinion. La majorité va à présent pointer du doigt le coût de la grève… Le président Macron, lui, ne sortira pas nécessairement renforcé de cet épisode.

Des mobilisations moins massives mais néanmoins importantes…

Jeudi l’intersyndicale contestataire a vu l’affluence des cortèges reculer un peu partout en France. La CGT parlait ainsi de 250 000 manifestants à Paris quand les pouvoirs publics y allaient, comme toujours, d’un décompte guère plus crédible et des chiffres poussés abusivement bas. Cette Sixième semaine de grève, de l’intersyndicale contestataire composée de la CGT, FO, la CFE-CGC de Solidaire et de la FSU, semble avoir été celle des désillusions au lendemain du ralliement plus ou moins prévu de la CFDT à la faveur de la modification de l’âge pivot.

Pour relancer le mouvement des actions ciblées sont visées comme le blocage des ports, les manifestants qui poursuivent ce mouvement sont par ailleurs extrêmement déterminés et après un mois et demi de mobilisations certains croient encore à un retrait pur et simple du projet. Une partie de la base du mouvement souhaiterait même durcir le ton alors que les affrontements avec la police ont pour le moment été assez contenus en dépit de la présence de blacks blocks et des violences policières.

La jointure avec les Gilets Jaunes n’a pas eu les effets escomptés et a contribué à affaiblir ce mouvement le colorant plus à gauche et lui faisant perdre de sa spontanéité. La fameuse convergence des luttes semble aussi, une fois de plus, être un mirage et le mouvement social a peiné à mobiliser massivement et surtout dans la durée dans certains secteurs comme l’enseignement qui a pourtant un vrai pouvoir de nuisance.

Côté récupération politique, LFI a tenté de tirer son épingle du jeu et a participé à une cagnotte de soutien aux grévistes, une cagnotte de 7 000 euros, ce qui est moins que la rémunération mensuelle d’un député du parti… pas sûre que l’extrême gauche institutionnelle sorte renforcée de ce conflit. Difficile de savoir si qui que ce soit sortira renforcé. En effet, Marine Le Pen qui soutenait la grève n’a certainement pas gagné de voix sur sa droite et les élus et militants de son parti ne sont pas pour autant le bienvenu auprès des centrales syndicales marquées à gauche. Les Républicains eux n’ont une nouvelle fois pas vraiment existé et peinent à se différencier de la majorité. 

Quant à La République En Marche et Emmanuel Macron, ils ont vu une large partie de l’opinion soutenir la grève en dépit des désagréments quotidiens que cela pouvait leur causer. Un tour de force alors que l’exécutif a longtemps misé sur le retournement de l’opinion. Mais l’arrogance présidentielle semble exaspérer plus que jamais. La première dame, de passage sur un plateau télé jeudi soir en a remis une couche affirmant que son protégé n’était pas arrogant mais qu’il a « l’assurance de la connaissance ». 

La communication gouvernementale devrait à présent fustiger le coût de la grève avec, à la SNCF, une facture estimée à 850 millions d’euros, à la RATP on parle de 200 millions… à cela s’ajoute l’ardoise pour d’autres secteurs, aussi bien privé que public qui ont payé plus ou moins directement les blocages. Des coûts dont les répercussions ne toucheront pas le petit monde politique qui se partage le gâteau institutionnel mais qui se répercutera sur les français. 

La réforme des retraites et la grève qu’elle a engendré pourrait n’avoir renforcer aucune composante politique : partis comme syndicats. Le sentiment de dégagisme et de rejet des institutions de la part des français pourrait en revanche être renforcé.