Grève: la contestation contre la réforme des retraites semble s’enrayer

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Près de deux mois après le début du mouvement, la contestation contre la réforme des retraites semble arriver à son terme. Les contestataires voient leurs effectifs se réduire mais demeurent déterminés. Les premiers enseignements de cette séquence peuvent déjà être tirés.

Des contestataires considérablement affaiblis numériquement mais toujours déterminés !

Après un mouvement de grève historique par sa durée, les syndicats hostiles au projet de réforme des retraites poursuivent la mobilisation avec l’énergie du désespoir. Mercredi, ils étaient encore plusieurs dizaines de milliers dans les rues de la capitale, et, sans entrer dans la guerre des chiffres, on peut constater que si les cortèges demeurent garnis, les bataillons de manifestants se sont considérablement réduits.

Les TGV circulent, les métros et les autres transports parisiens aussi, l’impression de mobilisation générale ne fait plus illusion dans la capitale française et si quelques actions chocs vont encore intervenir, elles seront probablement plus localisées et symboliques, à l’image des avocats déposant leurs robes ou des élus locaux de la majorité hués lors de leurs vœux et de leurs déplacements. 

Cette mobilisation du 29 janvier avait pour but de maintenir la pression sur l’exécutif à la veille de la conférence de financement. Et après le revirement, probablement prévu initialement, de la CFDT, c’est la CFE-CGC qui a fait temporairement une pause dans la contestation sans pour autant sortir de l’intersyndicale.

Hormis les manifestations d’ampleur à Paris et dans les grandes villes du pays, des marches aux flambeaux devraient continuer à éclairer bon nombre d’agglomérations… une persistance de la mobilisation qui ne fera pas plier le gouvernement mais qui témoigne de l’ampleur de la fracture entre le gouvernement et une partie de la population. Née au centre gauche et largement composé de renégats du PS, le parti présidentiel LREM semble en rupture totale avec la gauche de la gauche. Ce qui peut potentiellement faire diminuer le score présidentiel dans le cas d’un second tour, désiré par Emmanuel Macron, face à Marine Le Pen.

Ces près de deux mois de mobilisations auront, à défaut de déboucher sur le retrait de la réforme, permis de tirer bon nombre d’enseignement sur le paysage politique français tel qu’il se redessine.

La droite parlementaire ne peut pas exister face à Emmanuel Macron sur un sujet de type « économique et social », le PS est à présent un courant marginal de la gauche et la France Insoumise apparaît avec les communistes et l’extrême gauche, l’incarnation électorale des aspirations syndicales. 

La mue de la CFDT vers le social-libéralisme semble faite et les syndicats contestataires ont montré qu’ils pouvaient perdre même en bloquant la capitale. 

Autre enseignement : la convergence des luttes ne fonctionne décidément toujours pas, et pour cause la divergence d’intérêts entre des professions libérales comme les avocats et les cheminots rendent une union de ces corps impossible.

Le gouvernement, arrogant et d’apparence intraitable, aura finalement cédé sur plusieurs points, si bien que la réforme, dénaturée, n’est ni universelle ni égalitaire comme annoncée initialement. Il n’en demeure pas moins que LREM sort vainqueur de cette séquence.

Ce sujet sera abordé lors du JT de TV Libertés de ce soir