Grève du 5 décembre : et après ?

171

Une démonstration de force et un gouvernement qui avance à taton… La mobilisation du 5 décembre a bien pris et le fameux combat de l’opinion est engagé. Avantage, pour l’instant, aux grévistes.

Au moins un million de manifestants dans la rue

On n’avait pas vu ça depuis longtemps ! Les centrales syndicales à la manœuvre et le relais médiatique qui joue à fonds… sans compter l’exécutif et son arrogance qui chauffe à blanc les mécontents… tous les ingrédients étaient réunis pour une mobilisation réussie.

Sans s’attarder sur la guerre des chiffres, les autorités publiques évoquant 800 000 manifestants partout sur le territoire et la CGT 1,5 million, ces deux sources faisant du mensonge une règle, on retiendra surtout les images de manifestation massive. Un succès pour des centrales syndicales contestataires qui faisaient grise mine depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies. Chant du cygnes ou chant du phénix, l’avenir nous le dira !

La grève se poursuit dans les transports

La grève, elle, se poursuit dans les secteurs stratégiques : les transports. La paralysie devrait donc durer et commencer à toucher beaucoup de français qui avaient misé sur un mouvement court, prenant congé le 5 décembre ou cette fin de semaine. 

Galvanisés par cette petite victoire, les syndicats devraient organiser de nouvelles manifestations la semaine prochaine. Seule ombre au tableau pour les centrales : la violence des casseurs de la mouvance autonome dit « black blocs ».  Une violence qui perturbe fortement les manifestations et qui mène parfois à l’affrontement entre service d’ordre des syndicats et militants d’extrême gauche autonome. Une opposition entre deux gauches qui n’est aucunement superficielle et qui pénalise les syndicats. Et pour cause, les syndicats contestataires ne veulent pas un changement profond de société et encore moins le chaos mais plutôt renforcer leurs privilèges quand les autonomes d’extrême gauche, souvent plus jeunes et idéalistes et qui n’auront probablement jamais de retraite, sont surtout présents pour faire table rase.

Les services d’ordre des syndicats, à l’image de celui de la CGT, historiquement connu pour sa robustesse, ne peuvent aujourd’hui plus faire face à ces mouvances rouge et noir… qui plus est revoit parfois le soutien implicite du pouvoir, qui a tout intérêt à marginaliser l’opposition. 

Quoiqu’il en soit le blocage du pays est encore possible pour les syndicats qui ont semble-t-il remporté une première manche. Reste à voir quel pion déplacera à présent l’exécutif sur l’échiquier social… Edouard Philippe a pour l’instant joué l’apaisement en « rendant hommage aux syndicat pour la bonne gestion des cortège »… un poil d’hypocrisie certes,  mais qui témoigne d’une certaine finesse chez le premier ministre qui surnage au milieu d’un gouvernement pas franchement à la hauteur.

Le gouvernement recevra d’ailleurs les syndicats lundi. Un dialogue mais surtout une bataille de l’opinion qui est engagée. Le patron de Matignon mis à part, la majorité est globalement bien démunie dans ce combat et les personnalité LREM jouent surtout une carte : celle du soutien de la CFDT à leur réforme… réforme qui, rappelons-le, n’est toujours pas connue. Un argumentaire un peu faible donc pour défendre un texte toujours inexistant, alors qu’en face, les syndicats et la gauche ont depuis longtemps aiguisé leurs arguments… avec les gros sabots certes, mais cela semble pour le moment réussi.

Grève, et après ?

Le gouvernement devrait probablement chercher des soutiens à droite pour sa réforme mais difficile de voir les Républicains, aux abois, se plier devant En Marche à quelques mois des municipales, surtout quand le Rassemblement National surfe sur la vague sociale et réclame un référendum sur la réforme des retraites… défendant notamment la retraite à 60 ans, ce qui, à défaut d’être vraiment social, à toutes les chances de permettre le système de retraites à plat en trois décennies.

Autre parti contestataire qui profite de la grogne sociale : La France Insoumise, qui croit voir renaître la flamme rouge à travers les cortèges de gréviste. Attention cependant à ne pas se voir trop grand pour Jean-Luc Mélenchon qui connaît un plafond de verre électoralement infranchissable. 

Vous l’aurez compris, si les syndicats ont eu beau jeu dans la rue jeudi, leurs relais politique demeurent assez faibles ou en tout cas peu efficaces. Et c’est la brèche dans laquelle pourrait s’enfoncer le gouvernement qui aura beau jeu de demander aux contestataires ce qu’ils proposent en alternative. A cela s’ajoutera rapidement la lassitude des français à voir les grèves bloquer leurs déplacements et la première victoire remportée par les syndicats pourrait rapidement être effacée par la sacro sainte opinion publique… le gouvernement n’aura plus qu’à tenir bon pour remporter la partie. Une partie avec finalement peu d’enjeu économique, la réforme qui est dans les tuyaux ne réglant clairement pas à moyen termes le problème des retraites.

Les semaines à venir devraient surtout voir s’opposer des coteries syndicales et politiques, un affrontement qui pourrait enfoncer définitivement les syndicats contestataires ou déstabiliser la majorité avant les élections locales… un affrontement qui pourrait aussi déboucher sur un match nul avec des petits arrangements permettant aux centrales de maintenir leur train de vie et au gouvernement de faire croire dans son logiciel réformiste…

Ce sujet sera abordé dans le JT de TV Libertés de ce soir