Football : une économie du spectacle en pleine crise – Olivier Frèrejacques

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Alors que la moitié du monde est confinée, le ballon rond ne roule plus sur les vertes pelouses européennes ! L’industrie du spectacle footballistique à l’arrêt, c’est toute une petite économie qui s’enraye… Les joueurs aux salaires démentiels, les agents aux commissions et pots-de-vin juteux ou encore les entourages des joueurs, véritables petites tribus, vivant de la rente d’un rejeton plus doué ou persévérant que les autres : tout ce petit monde n’est pas épargné !

Mais au-delà des joueurs et de leur petit écosystème, c’est l’ensemble des clubs qui sont touchés, avec leurs employés et prestataires : jardiniers pour l’entretien des pelouses, vendeurs en boutiques, personnel de sécurité… Un petit monde qui, comme beaucoup aujourd’hui, se retrouve sans travail.

Les médias sportifs tournent en rond

Autour du ballon rond, un acteur est devenu central depuis plusieurs années : les médias.
Dans une semaine, on compte au moins trois jours de match en moyenne en France, cinq si l’on compte les semaines de joutes européennes. Les chaînes télévisées spécialisées dans le sport, et même uniquement dans le foot, tournent désormais quasiment à vide, proposant des retransmissions de matchs et des reportages déjà diffusés à plusieurs reprises.

Les sites d’informations sportifs et les journaux spécialisés jouent, eux, la carte de la rumeur à plein, comme si le monde du football était plongé dans le mercato estival quatre mois en avance.
Ainsi, pas un jour ne se passe sans une nouvelle rumeur autour de l’hypothétique transfert de Neymar, du dernier ragot sur Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi… Les multiples formules possibles pour finir les saisons de championnats et de coupes européennes sont également passées au peigne fin.

Côté financier, plus de match signifie plus de rentrées d’argent via les annonceurs et une chute des ventes de produits dérivés.

La mise en évidence d’un modèle économique absurde

Les masses salariales des grands clubs de football étant tout bonnement faramineuses, le problème de paiement de salaire pourra rapidement se poser, même si des assurances sont presque toujours souscrites. Un club comme Paris revendique une masse salariale de 337 millions d’euros quand le club au plus petit budget de Ligue 1 en France, Nîmes Olympique en est tout de même à 20 millions.
Un prolongement un peu trop long de la crise pourrait pousser les clubs européens dans une crise sans précédent. En France, des clubs ont d’ailleurs mis leurs joueurs au chômage partiel : c’est donc le contribuable qui paye une partie de la facture, ce qui ne manque pas de faire grincer des dents.

Au-delà du problème imminent des salaires, c’est toute la machine football qui pourrait bien être grippée dans ses fondements économiques douteux mais aussi dans le sentiment d’injustice qu’il peut susciter. En effet, dans l’écosystème football plus qu’ailleurs, l’immense partie des richesses est détenue par une infime minorité. Si cela ne date pas d’hier, un sursaut de l’opinion pourrait s’opérer en période de crise.

« Du pain et des jeux » … mais plus de jeux !

Une opinion qui pourrait prendre de la hauteur vis-à-vis de son sport favori grâce à l’absence de matchs… La suspension des championnats et les reports de compétions internationales pourrait favoriser cette tendance.

Si report des Jeux Olympiques n’aura pas de conséquences, cette compétition ne représentant rien ou presque pour le ballon rond, celui de l’Euro aura un coût direct auquel s’ajoute un manque à gagner pour l’UEFA – qui organise la compétition – mais aussi pour les clubs qui en profitent pour valoriser la valeur de leurs joueurs. Ce report participera également d’une forme de sevrage pour un public en pleine mutation. En effet, si l’image du supporter se rendant au stade a la vie dure, il faut bien avoir à l’esprit que bon nombre de grands clubs misent sur une approche beaucoup moins romantique du football et pensent avant tout retombées financières et droits télés, les supporters devenant ainsi au mieux un élément négligeable, au pire une espèce à abattre… Mais gardant à l’esprit cependant que ce seront bien eux qui reviendront garnir les tribunes dans quelques mois.

Au-delà des difficultés économiques que pose et posera la crise sanitaire actuelle pour les clubs de football, celle-ci pourrait être une occasion de repenser le modèle d’un football devenu business. Difficile cependant d’imaginer une remise en question… Gageons que dans quelques mois tout recommencera comme si rien ne c’était passé.

Olivier Frèrejacques