FaceApp et Big Data : le journalisme à deux vitesses

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Alors que des milliers de personnes publient sur le net des photos d’elles vieillies grâce à  « FaceApp », une application pour smartphones, les medias alertent sur la sécurisation des données. Une mise en garde massive quasi inédite. 

Rides du lion, pattes d’oie et cheveux blancs, les marques de la vieillesse fleurissent sur la toile depuis quelques jours grâce à une application de modification des photos : FaceApp. Le principe est simple, il suffit de charger une photo de portrait et de choisir le mode “vieillir” pour voir le visage prendre plusieurs dizaines d’années en un éclair. L’application, très réaliste, fait un véritable carton… mais le succès de l’entreprise basée en Russie fait réagir les autorités américaines. Chuck Schumer, un sénateur démocrate a d’ailleurs réclamé une enquête sur la société russe créée en 2017. Il a estimé que le FBI et la FTC, qui protège les consommateurs américains, devaient évaluer les risques pour la sûreté nationale.

Le noeud du problème résiderait dans la confidentialité de l’application. En effet, quand un utilisateur charge une photo pour lui appliquer un filtre, les conditions générales d’utilisation de l’application stipulent que ce dernier cède les droits de son cliché modifié pour d’éventuelles réutilisations, y compris publicitaires. De là, est apparue la rumeur selon laquelle l’application absorbait l’intégralité de la bibliothèque photos des utilisateurs… Une rumeur totalement fausse. 

A cela s’ajoute l’opacité régnant autour des développeurs de l’application, installés à Saint-Pétersbourg en Russie… De quoi agiter en plus la menace du Kremlin. Problème, le cliché en question est en réalité stocké sur un serveur… d’Amazon, basé aux Etats-Unis donc. 

Contactés par des spécialistes, les responsables de FaceApp ont affirmé que la grande majorité des photos sont en réalité supprimées dans les 48 heures. 

Quoi qu’il en soit, il apparaît effectivement que les conditions d’utilisation de l’application ne soient pas en compatible avec le RGPD, le règlement européen des données personnelles. Pour autant, en 2014 déjà, Snapchat, un réseau social basé sur le principe de vidéos courtes, avait connu des problèmes de sécurité sur 4,6 millions de comptes utilisateurs.

En 2018, 3 millions de personnes auraient été victimes d’un vol de données via Facebook. Google + a été arrêté après la fuite des données de 500 000 utilisateurs en octobre dernier. On s’étonne donc que tous les médias s’affairent pour mettre en garde sur le devenir de photographies modifiées par FaceApp alors que le problème de confidentialité est loin de ne concerner que les entreprises russes…