Elements n°177 : « Quel populiste êtes-vous ? Les 36 familles du populisme »

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La vague populiste qui déferle actuellement sur l’Europe présente deux caractéristiques majeures. La première est d’être avant tout une force négative : le populisme, c’est d’abord du « dégagisme ».

L’autre caractéristique du populisme est qu’il ne porte intrinsèquement avec lui aucun programme particulier. La raison en est qu’il n’existe pas d’idéologie populiste, mais seulement un style populiste, qui peut se combiner avec à peu près toutes les idéologies (voir les « 36 familles » présentées dans ce numéro).

La pire éventualité, de ce point de vue, serait d’aboutir à une simple combinaison de nationalisme chauvin, de retour à l’ordre moral et de libéralisme économique. On serait tenté de suggérer aux populistes de faire preuve d’un peu d’imagination. En faisant, par exemple, un effort dans au moins quatre domaines différents.

Populistes, pour commencer, encore un effort pour ne pas se positionner « contre l’Europe » ! Le principal reproche que l’on peut faire à l’Union européenne est d’avoir discrédité toute idée de construction européenne. L’Europe est tout autre chose. (…) Face à une Union européenne à la fois impuissante et paralysée, le repli national ne peut être qu’une stratégie provisoire. Les nations ne détiennent plus que des bribes de souveraineté, les frontières n’arrêtent plus grand-chose. Face aux menaces et aux défis planétaires, il importe plus que jamais de raisonner en termes de « grands espaces », c’est-à-dire aussi en termes de civilisations.

Encore un effort, ensuite, pour ne pas négliger l’écologie ! De même que l’Union européenne a discrédité l’Europe, les « partis verts » ont discrédité l’écologisme. (…) L’idéologie dominante, qui cherche à faire disparaître tout ce qui en l’homme relève de la nature, s’en prend très logiquement à la nature elle-même. (…) Une croissance matérielle infinie est en réalité impossible dans un espace fini. D’où la nécessité de rétablir un rapport de co-appartenance à la nature qui a prévalu pendant des siècles.

Encore un effort aussi pour ne pas céder aux sirènes du libéralisme économique ! Les populismes font référence au peuple. Or, les peuples n’existent tout simplement pas dans le système libéral, qui ne voit dans les sociétés et les communautés que de simples agrégats d’individus. (…) Dans un monde où l’ultime pouvoir de décision revient aux marchés financiers, où la logique du capital se fonde plus que jamais sur la suppression de toutes les limites, le libéralisme économique est bel et bien devenu l’ennemi principal. Les populistes feraient bien de s’en apercevoir.

Encore un effort, enfin, pour adopter en matière de politique internationale des positions cohérentes ! Ce qui commence par la prise en compte des lois de la géopolitique. L’Europe est une puissance de la Terre. Elle ne peut que s’opposer à la puissance de la Mer, qui ignore les frontières fixes et ne connaît, comme le commerce, que des flux et des reflux. Les intérêts européens, pour cette raison, ne coïncideront jamais avec intérêts américains. La chute du Mur de Berlin a clarifié les choses : la Terre ne se partage plus entre l’empire des Soviets et un prétendu « monde libre ». Tout comme le clivage gauche-droite, cette coupure-là est devenue obsolète. Il y a désormais d’un côté le monde atlantiste, de l’autre le monde continental européen. Les États-Unis se demandent visiblement s’ils ne pourraient pas instrumentaliser les populismes européens en les faisant adhérer à un axe Washington-Ryad-Tel Aviv, dans l’espoir de contrecarrer l’axe Moscou-Damas-Téhéran. Ce n’est évidemment qu’un leurre. L’avenir de l’Europe est du côté du Soleil levant.

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