Déconfinement, définancement : de l’État toujours plus à l’État un peu moins – Olivier Pichon

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Nous arrivons à l’heure des comptes et du grand saut dans l’inconnu. Mais, dans ce retrait partiel de l’Etat celui-ci, sans le dire compte sur l’émission monétaire, notamment de la BCE, c’est là qu’il fait fausse route.

Fin de l’intérim d’état ?

Fallait-il que l’état n’assume pas l’intérim, des parents, des entreprises des administrations publiques, pendant la période ce confinement ? Non bien sûr, il était dans son rôle et son aide ne fut pas vaine, mais il est réputé avoir été supérieur aux autres pays européens, plus circonspects vis-à-vis de l’intervention étatique. Le PIB aura diminué de 5% au premier trimestre qu’en eut-il été en cas de non-intervention de l’état ? L’hypothèse est difficile à vérifier. Maintenant comment va se dérouler la transition ?

Pour l’heure nous sommes dans la phase rééducative, réapprendre à marcher tout seul après un grave accident. Le premier ministre ne s’est pas fait faute de nous en prévenir pour « seulement accompagner la reprise ». Le Medef a feint de s’en étonner et de se plaindre ( Geoffroy Roux de Bézieux) : « de cette énorme source d’incertitude ».On peut trouver à la remarque surréaliste venant d ‘une instance qui, en période de prospérité, ne cesse de se plaindre des interventions de l’état et qui ,maintenant, pleure son retrait partiel, il y a de l’enfant gâté dans cette considération, qui semble oublier que l’entreprise privée c’est aussi l’art de la gestion du risque.

Une baisse historique du PIB

Il s’agit de la baisse la plus forte dans l’historique des évaluations trimestrielles du PIB débutées en 1949. Ce fameux agrégat, le PIB, souffre aussi de fortes critiques, les dépenses liées au coronavirus l’auront fait moins diminuer que le ne l’a fait le confinement. Cette baisse est comparable à celle du deuxième trimestre de 1968 (- 5,3 %), mais dans un contexte de forte croissance (5,5%) et d’une moindre intervention de l’Etat dans l’économie. Cela confirme que la France est bien entrée en récession.

Chômage partiel, et filet de sécurité

Pour les plus de 10 millions de salariés qui sont au chômage partiel que va-t-il se passer si l’entreprise ne relance pas son activité complètement tandis que l’état retire le filet de sécurité ? Édouard Philippe l’a confirmé lors de la présentation du plan de déconfinement : le dispositif du chômage partiel dans les conditions exceptionnelles, notamment de remboursement, mises en place dans le cadre de la crise sanitaire sera maintenu jusqu’au 1er Juin.

C’est une bonne nouvelle pour les salariés, mais également pour les personnes ayant opté pour un arrêt de travail pour garde d’enfants : elles basculeront au chômage partiel dès le 1er mai 2020, ce qui ne manquera pas de faire exploser les chiffres mais également de leur faire perdre du revenu. L’indemnisation pour arrêt de travail garantit 90% du salaire net, contre 84% pour le dispositif de chômage partiel.

La locomotive en panne : la dépense des ménages

Les dépenses des ménages ont connu une baisse «inédite» de 6,1%, alors que de nombreux commerces, les restaurants ou encore les cafés, ont été fermés sur décision du gouvernement, note l’Insee. L’investissement des entreprises enregistre lui aussi un lourd recul de -11,8%. Globalement, la demande intérieure contribue ainsi de -6,6 points à la baisse du PIB durant le trimestre écoulé.

Le commerce extérieur s’affiche lui aussi en repli : -6,5% pour les exportations et -5,9% pour les importations. In fine, il contribue dont négativement (-0,2 point) à la baisse du PIB. L’Insee ne publie pas de prévision pour l’ensemble de l’année 2020 mais elle a estimé que chaque mois de confinement amputerait la croissance française de 3% Le gouvernement table sur une chute du PIB de -8% cette année. Ce qui veut dire que la loi de finance (le budget) pour 2002 est complètement dépassé et à revoir devant le parlement.

Les grandes victimes du modèle français

Tourisme, restauration, culture… tous les secteurs de l’économie ne seront pas déconfinés à partir du 11 mai. Ces trois secteurs souffrent particulièrement, ils sont le cœur du modèle français et un part de sa civilisation pour le meilleur et pour le pire.

Il est un secteur particulièrement touché par la crise : l’aéronautique et les compagnies aériennes, n’en déplaise à Greta Thunberg, mais Airbus était une magnifique entreprise représentant des milliers d’emplois, au tapis si l’on peut dire. Elle était en train de prendre le dessus sur Boeing, déjà en grande difficulté, gageons que l’Etat américain ne laissera pas le monopole à Airbus, quoiqu’il en coûte !

Bref tout cela va coûter des fortunes mais on se rassure à bon compte la BCE (ou la FED aux USA) et madame Lagarde, en ange tutélaire et bienveillant veille à alimenter en (fausse) monnaie l’économie européenne et française, vive l’Europe !

Fausseté de la planche à billet, un parachute en torche !

L’illusion de l’efficacité des politiques monétaires, façon hélicoptère monétaire et déficit public, est hautement prévisible, la chose est désormais permise par l’UE qui a suspendu l’impératif des 3% à ne pas dépasser. Il est cependant douteux que cela marche.

On est en train de s’apercevoir que l’efficacité de la politique monétaire n’est pas réelle. La thèse du ruissellement ne s’observe pas. « Il n’y a aucune transmission concrète entre la politique des banques centrales et les économies réelles la monnaie ne va pas où on croit qu’elle doit aller, en accumulant en pyramides d’actifs » (Bruno Bertez), bref le retour des bulles. On s’apercevra assez vite, comme après 2008, que la fantastique croissance des dettes ne sert à alimenter ni l’investissement productif ni la consommation.

Pourquoi au XXI °siècle, la fabrication monétaire serait-elle plus efficace que les assignats de la révolution ou l’émission monétaire inconsidérée du Venezuela ou de du Zimbabwe ?

Olivier Pichon