Crise de 1929, crise de 2020 – Olivier Pichon

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Les comparaisons, aujourd’hui, vont bon train avec la plus grande crise économique du XX° siècle. Nos commentateurs ont à l’esprit surtout ses conséquences, la ruine de l’économie allemande à qui les USA ont retiré les financements, à la suite du krach de Wall Street d’octobre, la montée au pouvoir d’Hitler et le déclenchement de la Seconde guerre mondiale. Certains transposent l’affrontement Chine-USA, mais le pire n’est jamais sûr. Et c’est un peu de l’histoire à la petite semaine.

Comparaison n’est pas raison

Mais l’histoire est cette curieuse alchimie qui reproduit des faits mais ne semble pas pour autant se répéter. Sur le plan strictement économique la seule comparaison qui vaille est dans l’intensité du choc subit par les économies effondrement de la bourse et du commerce international, chômage de masse, dévaluation en chaîne des monnaies. Après le choc du jeudi noir 1929, les bourses se sont reprises avant de plonger derechef, comme aujourd’hui où les marchés dopés par les banques centrales qui les abreuvent de liquidités, connaissent une reprise trompeuse, elles plongèrent de nouveau et sévèrement jusqu’à l’élection de Roosevelt, en 1933.La comparaison s’arrête là.
D’abord parce que la crise était là avant le coronavirus, les économies ne s’étaient jamais, structurellement remises du choc de 2008. On pourrait dire aussi que l’économie mondiale ne s’était pas remise de la guerre de 14, il n’empêche que l’Amérique connaissait une réelle prospérité (les « roaring twenties ») et, même la France avait renoué avec la croissance après la dévaluation Poincaré.
En 2020 si le facteur déclenchant n’est pas économique (le virus) l’explication, le cœur du processus de crise, est pourtant bien la mondialisation économique qui, elle a pris des allures pandémiques, le Larousse est clair là-dessus : en ce qu’elle est « étendue à toute la population d’un continent, voire au monde entier », tandis que l’étymologie l’est plus encore, tout le peuple, (voire tous les peuples). (Pan demos)

Deux scenarios

Deux directions possibles à la crise, combinées et non antagonistes, le renforcement du capitalisme d’état en France et du « fédéralisme » européen.
La France n’est plus un pays capitaliste depuis …1945
Nous vivions déjà depuis longtemps dans un modèle d’économie mixte avec une part écrasante du service public et une intervention forte de l’État dans le secteur privé. La France combinait les inconvénients des deux systèmes, flux tendus pour les masques et les produits sanitaires, et administration monopolistique de la santé. D’où l’importation de masques de Chine et l’exclusion des thérapies du Pr. Raoult. La corona crise a poussé l’entreprise privée
dans les bras de l’État pour solliciter son aide, au prix de sa liberté. On voit donc mal l’état reculer à brève échéance, effet de cliquet garanti.
D’un autre côté, l’UE va conduire une offensive, en dépit de ses carences flagrantes, par le biais de la BCE et, sauf à accepter la chute de l’euro. Les eurobonds (émissions de titres adossés à l’ensemble de l’Europe) vont revenir malgré le refus du « nord », couplés avec la relance budgétaire des états, on néglige désormais l’austérité et on accepte les déficits publics, c’est l’enterrement en grandes pompes du pacte de stabilité. Et, par le biais monétaire, une fédéralisation de facto de la Zone euro. La BCE imposera des réformes institutionnelles renforçant la réglementation bancaire et les interventions d’urgence à travers l’Europe, le véritable pouvoir européen ne serait plus la Commission européenne, a fortiori non plus, la réunion des exécutifs des états, mais bien la BCE maîtresse véritable de l’économie européenne.

Olivier Pichon