Comment Mayotte finance La Mecque

363

Comment le département de Mayotte subventionne le pèlerinage à La Mecque

LA LOI DE 1905 ne s’applique pas sur l’ensemble du territoire français. Ni en Alsace-Moselle, ni dans plusieurs territoires d’outre-mer. D’où certaines particularités… À Mayotte, par exemple, le conseil départemental peut « aider les pèlerins à accomplir le hadj », tout en « respectant la laïcité ». Le département a accordé, en 2018, un total de 70 000 euros de subventions à quatre associations organisatrices de pèlerinages à La Mecque. « Chaque année, on fait cela, précise Hadadi Andjilani, chef de cabinet du président du conseil départemental. C’est symbolique : le département ne finance pas le culte, nous ne faisons que de l’accompagnement. »

(…) Le conseil départemental a ainsi voté, le 11 juin dernier, cette subvention de 70 000 euros aux associations organisatrices de pèlerinages à La Mecque « pour la prise en charge des billets d’avion, le transport interurbain, l’hébergement de l’équipe d’encadrement des pèlerins ». Sachant qu’un tel voyage coûte « au moins 4 500 euros par personne », « nous finançons moins de la moitié », souligne Hadadi Andjilani.

Décret Mandel

(…) Selon le département, 648 pèlerins ont fait le voyage l’été dernier. « Ce sont en général des gens âgés, qui ont besoin de médicaments », explique Saïd Maanrifa Ibrahima, président de l’Aspel, l’une des associations, qui dit recevoir « cette subvention chaque année depuis plus de trente ans ». « Ils ne parlent pas l’arabe, ne savent pas s’orienter à La Mecque, donc c’est obligatoire de leur fournir des guides et des infirmiers ! », assure-t-il. À Mayotte, comme en Guyane et dans les autres collectivités territoriales d’outre-mer, la loi de 1905 n’est jamais entrée en vigueur. Lorsque l’archipel est devenu, en mars 2011, le 101e département français, le droit des cultes a continué d’être régi par un décret-loi dit « décret Mandel » datant de 1939, qui permet à toutes les sensibilités religieuses de bénéficier d’une aide publique. Aucune disposition de ce décret ne s’oppose à ce qu’une collectivité territoriale finance – dans le respect du principe d’égalité entre les cultes, et à la condition qu’il existe un motif d’intérêt général – des dépenses liées aux cultes.

Y a-t-il vraiment un motif d’intérêt général à subventionner des accompagnants pour le hadj ? « Bien sûr, répond Hadadi Andjilani. C’est comme s’il y avait un groupe de jeunes qui voulait aller visiter la tour Eiffel : ils auraient besoin d’un accompagnement pour ne pas se perdre dans le métro ! Et si, un jour, des catholiques sollicitaient le département pour aller à Lourdes, pas de problème, nous ferions pareil. »

Source : Le Figaro