Colombes: Quand une attaque terroriste devient un « accident de la circulation » (OJIM)

958

OJIM – Lundi 27 avril, un automobiliste a délibérément percuté deux policiers à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Il a grièvement blessé l’un d’entre eux, plus légèrement l’autre. Il a revendiqué cet acte au nom de l’État islamique. Certains médias ont manié l’art de la circonvolution avec un grand talent — comme souvent — au point de passer à côté de l’essentiel.

Dans le flot d’informations dans lequel nous baignons, les gros titres des articles nous aident à choisir l’article que nous allons lire complétement. Un accident de la route, malheureusement très banal, retient a priori moins notre attention qu’un attentat à motivation islamiste contre des policiers. Dans la présentation d’une attaque contre deux policiers le 27 avril à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, les titres de certains articles sont de façon assez édifiante dans le registre « accident de la route » et non dans celui du terrorisme.

« PERCUTÉS PAR UN AUTOMOBILISTE »

Peu de temps après l’agression, 20 Minutes et BFMTV ont tous deux choisi de présenter les événements par le titre suivant : « Deux policiers blessés après avoir été percutés par un automobiliste ».

L’utilisation de la voix passive pour présenter les faits conduit à passer sous silence le cours brutal des événements : l’automobiliste a pourtant bel et bien foncé délibérément sur deux policiers. Tant le caractère volontaire de cet acte que les motivations de l’agresseur sont passés sous silence dans le titre de l’article. On en déduit qu’il s’agit d’un nouveau et malheureux fait divers.

Actu Orange (6medias) ne parle même plus d’un automobiliste mis en cause dans le titre de l’article consacré à l’événement. Le site d’actualité du fournisseur d’accès titre sur « deux policiers blessés par une voiture, un blessé très grave ». On peut se demander s’il y avait un conducteur à son bord, et si ce n’est tout simplement pas une voiture dont le frein à main n’était pas serré qui a roulé vers les deux policiers.

Yahoo News est sur le même registre : « deux policiers blessés, dont un en urgence absolue, après avoir été percutés par un automobiliste ». À peine plus téméraire, RTL nous apprend qu’« un policier a été gravement blessé lors d’un contrôle routier ».

UN CONDUCTEUR QUI « VOULAIT MOURIR EN MARTYR »

Il faut lire des médias moins timorés ou plus respectueux de leurs lecteurs non seulement pour trouver des titres d’articles moins pudiques, mais également pour avoir des informations passées sous silence, car probablement pas politiquement correctes.

Valeurs actuelles titre sans détour sur « un automobiliste fonce sur deux policiers pour l’État islamique ». La forme active employée par le journaliste met en scène un sujet – l’automobiliste – un verbe désignant la caractère volontaire de l’agression – il « fonce », et un complément, les deux policiers faisant le contrôle routier. La motivation affichée de l’auteur de l’agression est mentionnée sans détour : il a fait ce geste au nom de l’État islamique. Dans le corps de l’article, l’hebdomadaire nous apprend que l’auteur de l’attentat est Youssef T., ce qui est un indice de sa religion. Fait supplémentaire, nous apprenons ensuite que l’auteur de l’agression revendique son acte au nom de l’État islamique et qu’il venait de voir une vidéo sur la Palestine. La motivation islamiste est donc clairement revendiquée par l’individu.

Dans le même registre explicite, Sputniknews nous apprend que l’agresseur, Youssef T., « avait voulu mourir en martyr » et qu’il a laissé un message et un couteau dans sa voiture.

En dépit de ces faits accablants, nous apprenons que selon les autorités, « l’hypothèse terroriste n’est pour l’heure pas écartée ».

Boulevard Voltaire nous le rappelle, avec ce nouvel attentat : le coronavirus n’est pas le seul danger en France. Comme nous le soulignions également récemment, les émeutes en banlieues ont fait l’objet d’une très faible couverture médiatique. Il en est de même pour celle des récents attentats islamistes à Romans sur Isère le 7 avril et le 27 avril à Colombes. Pour un article décrivant de façon édulcorée l’agression contre deux policiers dans les Hauts de Seine, combien de mensonges par occultation, avec des bulletins d’information qui le lendemain de l’attentat l’ont complétement passé sous silence, comme s’il n’avait pas d’importance dans ce qu’il dit de la société française, d’une certaine haine anti-flic, anti-français de souche, anti-européen ?

La guerre contre le coronavirus ne semble visiblement pour de nombreux médias pas souffrir de détours, tous mobilisés contre un seul ennemi, un virus invisible…

L’Observatoire du Journalisme (OJIM)