Chute du prix du pétrole : et si on vous payait pour faire le plein ? – Pierre Bergerault

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Record historiquement bas du prix de l’or noir ! Lundi soir à New York à la clôture des marchés, le prix du baril de WTI, référence du marché américain, a basculé en dessous de zéro ! Et même très en dessous : à -38 dollars. Même si le prix est revenu en positif à 1,10 dollar ce mardi matin en Asie, c’est du jamais vu !

Une nouvelle conséquence de la crise sanitaire que le monde traverse… Une conséquence limitée au WTI puisque le baril de Brent de la mer du Nord, qui reste le principal indicateur du marché mondial, est à 26 dollars. Un écart que l’on peut toutefois qualifier d’artificiel puisque l’on compare le contrat à terme du Brent en Juin et celui du WTI en mai. A la même échéance, les deux valeurs sont équivalentes à 4 dollars près.

L’explication de cette chute vertigineuse vient du fait que les contrats sur le WTI, pour livraison en mai, s’achevaient ce mardi. De plus, les producteurs, dont les stocks étaient proches de la saturation, étaient prêts à payer pour les écouler. A partir de mai, les nouveaux contrats seront stipulés selon les règles de l’accord trouvé le 12 avril dernier entre la Russie et l’Arabie Saoudite pour stopper la chute des prix initiée en janvier.

Une chute à cause de l’offre de pétrole encore trop importante eu égard à une demande à l’arrêt depuis l’annonce du confinement et dont la reprise ne sera que très lente. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande en avril est inférieure de 29 millions de barils par jour par rapport à son niveau habituel.

Autre phénomène pour expliquer cette chute : la spéculation. Contrairement à ce qu’affirment les producteurs, tous les stocks ne sont pas pleins. Certains investisseurs vendent à bas prix, pour ensuite reconstituer des stocks au prix plancher et éviter les pertes. D’autres préfèrent maximiser les stocks pour contrôler l’offre et attendre la remontée des prix, car elle arrivera un jour ou l’autre.

En attendant, pour le consommateur en bout de chaîne, la baisse du prix du litre de gasoil n’est que de 18,6% contre 70% pour le prix du baril. Un écart dû aux taxes (TVA et TICPE) qui représentent les deux tiers de la facture. Facture qui continuera à descendre à la marge avant de repartir avec la reprise de l’activité.

Pierre Bergerault