Cap sur l’Asie du Sud-est : Singapour – Olivier Frèrejacques

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Singapour : la cité-Etat face à la deuxième vague de Covid

Minuscule et très riche : c’est ainsi que pourrait être décrite très sommairement la Cité-Etat de Singapour. Paradis pour hommes d’affaires, le pays a su devenir une place forte de la finance mondiale en quelques décennies.

Ancienne possession de la couronne britannique, le pays a conservé un certain héritage victorien – notamment dans son droit pénal. Indépendant de l’Empire à la fin des années 50, la cité se placera dans le giron malais de 1963 à 1965.

S’il y a un nom d’homme politique à connaître à Singapour, c’est celui de Lee Kuan Yew : premier ministre de 1959 à 1990, puis influent jusqu’à sa mort en 2015, il était à la tête du Parti d’Action Populaire qui a donné son identité politique au pays et fait de ce territoire un eldorado financier. Il mènera des réformes dures pour éradiquer la corruption et sera un fervent défenseur du capitalisme.

Le pays est l’un des rares États au monde à connaître une société multiculturelle et multireligieuse apaisée. Sur ses près de 6 millions d’habitants, 75 % sont d’ethnie chinoise, 13 % malais, 10 % indiens et 3 % occidentaux. Les métis eurasiens ont leur propre groupe ethnique (figurant sur leur carte d’identité comme pour chacune des races en présence).

Après la principauté de Monaco, Singapour est l’Etat à la plus forte densité de population au monde !

Côté religion, 33 % de la population est bouddhiste, 19 % musulmane, 15 % chrétienne, 10 % taoïste et 5 % hindouiste, quand une vingtaine de pourcent ne revendique aucune appartenance religieuse.

La « concorde nationale » a cependant un prix, celui d’une discipline déroutante. Peu désireuses de voir le territoire devenir un lieu de transit de la drogue, les autorités singapouriennes ont mis un point d’honneur à lutter contre ce fléau. Ainsi, la possession de drogue, dans des proportions même légères, peut entraîner la peine de mort par pendaison. Une politique qui porte ses fruits, puisque la drogue ne pose pas de problème dans le pays, par ailleurs aisé de par sa situation économique : le PIB par habitant de Singapour est supérieur d’un quart à la moyenne française.

Par ailleurs, la discipline de vie des citoyens a été un point important de la construction de cette petite nation. Le respect des règles élémentaires de civisme y est observé de manière stricte, ce qui en fait l’un des endroits les plus sûrs au monde. Un enfer pour un esprit latin qui peut cependant s’avérer utile en temps de confinement ou de crise sanitaire.

Peu de décès et une application de « tracing »

Dans un premier temps, la cité-Etat n’a pas eu recours au confinement et a pu profiter de la discipline de fer qui règne dans le pays pour jouer efficacement la carte des « gestes barrières ».

Le 20 mars Singapour a même lancé une application dite de « tracing » du nom de « TraceTogether » basée sur le suivi de contact et qui consiste en un suivi des personnes avec qui le détenteur du smartphone est en contact. Si l’une de ces personnes est testée positivement, le détenteur de l’appli peut être contacté pour, lui aussi, effectuer un test. Une application qui fonctionne seulement si une grande proportion de la population s’en sert et qui est basée sur le volontariat. Un concept inapplicable dans un pays comme la France….

Avec plus de 1 500 cas et six décès, le pays semble assez épargné. Des chiffres, certes, à mettre en perspective avec la faible démographie, mais qui témoignent d’une capacité de réaction face à la crise.

Une deuxième vague qui pousse au confinement

Rapidement montré comme un exemple en matière de gestion de crise, Singapour ne coupera finalement pas au confinement ! Craignant que l’épidémie soit déjà bien répandue, le premier ministre Lee Hsien Loong a finalement annoncé un confinement d’une durée d’un mois à compter du 7 avril. Là encore, la gestion est tout à fait différente de ce qui se fait en Occident, où les chefs d’Etat se contentent d’annoncer les temps de confinement par quinzaine de jour pour ne pas « brusquer les populations ».

L’ONG Amnesty International, qui fait de la cité-Etat une cible récurrente, a pointé du doigt les conditions sanitaires déplorables de la main d’œuvre étrangère utilisée par Singapour.

La réussite de la cité-Etat de Singapour face à la crise sanitaire alors que le territoire a été touché très rapidement par des personnes venant de la ville de Wuhan, constitue pourtant un exemple étonnant de résilience. Il doit cependant être replacé dans son contexte, celui d’un micro-Etat très riche, assez enclin aux méthodes autoritaires et disposant d’une population disciplinée. Des éléments de comparaison pourraient cependant être envisageables avec d’autres petits territoires de la région comme Hong-Kong, où avec un millier de cas pour quatre décès la gestion de la crise semble avoir également porté ses fruits et où il est aussi question de deuxième vague.

Olivier Frèrejacques