Cap sur l’Asie du sud-est : l’Indonésie – Olivier Frèrejacques

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Indonésie, ce géant peu connu

Premier pays musulman en nombre d’habitants, état démocratique de plus de 250 millions d’habitants, l’Indonésie fait partie des pays très peu connus en Occident.

Avec ses 13 466 îles- dont environ 922 habitées – il est le plus grand archipel du monde. L’île la plus peuplée est Java et sa capitale Jakarta compte une trentaine de millions d’habitants (ensemble de la métropole).

Cet Etat de près de 2 000 000 de km² n’en demeure pas moins passionnant et intriguant. Avec plus de 1 000 groupes ethniques recensés au début des années 2000 et 700 langues, l’Indonésie cumule de nombreuses caractéristiques d’un pays voué au conflit permanent ou à la dictature. Conflits et dictatures ont d’ailleurs jalonné l’histoire récente du pays depuis l’indépendance des Pays-Bas au milieu du XXème siècle. Soeharto, dictateur anticommuniste régnera sur le pays pendant trente-deux années avant d’être rattrapé par la crise financière asiatique de 1997. Un processus de démocratisation sera ensuite engagé et débouchera sur un régime présidentiel sur le modèle d’un Etat unitaire, ce qui peut paraître étonnant à considérer la taille et la démographie du pays.

Seizième économie mondiale, l’Indonésie voit son secteur tertiaire peser pour environ la moitié de son économie, le secteur secondaire profite de l’industrie gazière, du pétrole mais aussi du textile. L’agriculture représente moins de 15 % du PIB du pays.

Les partenaires principaux du pays sont les États-Unis, la Chine, le Japon, Singapour et l’Inde. Une diversité d’interlocuteurs qui participe au facteur équilibrant que peut représenter ce pays islamique dans l’ordre international.

L’islam, présent depuis 1000 ans est la religion dominante (près de 88%) mais l’Etat reconnaît six « religions » : l’islam, le protestantisme, le catholicisme, l’hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme.

Sujet historique qui dérange dans le pays : la gestion du Timor Oriental, ancienne colonie portugaise majoritairement chrétienne envahie en 1975 avec l’appui étasunien. Une répression brutale s’abattra alors sur les autochtones. Ce territoire deviendra indépendant en 2002.

Le pays est l’un des Etats fondateurs de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-est), dont le siège social se trouve à Jakarta.

Un système de santé pas à la hauteur

L’épidémie de Covid-19 aura montré les limites des équipement médicaux indonésiens. Très dépendante de l’aide internationale en matière de soins, le pays voit la tuberculose tuer plus de 150 000 personnes par an et la lèpre y est bien présente ; par ailleurs, le SIDA s’y développe toujours assez rapidement.

Les précédents de la grippe aviaire n’ont pas eu l’effet escompté sur un développement sérieux du système de santé, comme cela a pu être le cas au Vietnam.

La mortalité infantile est très élevée – environ 40 décès pour 1000 naissances – et l’espérance de vie est de seulement 63 ans.

Ces chiffres mettent en relief le décalage étonnant entre un Etat assez riche, développé et stable politiquement qui n’a pas su mettre en place un système de santé efficace.

Proportionnellement peu de morts

Très peuplé, l’Indonésie n’a recensé que 2 491 cas et 209 morts. Un nombre bas, comparé à la tuberculose notamment… mais surtout en comparaison à un pays comme les Etats-Unis qui compte plus de 10 000 décès pour une population de 330 millions d’habitants (donc relativement comparable). Parmi les morts, on dénombre une part importante de médecins – plus d’une vingtaine.

Certains médias occidentaux croient voir dans ces chiffres un défaut dans le comptage des autorités, jugement que nous nous garderons bien de corroborer faute d’éléments.

Des mesures à différents échelons

Faute de décision rapide du pouvoir central, des villes et régions ont imposé des quarantaines de leur propre initiative. Certains villages ont même interdit la venue d’étrangers, mettant en place des postes de contrôles !

Le président Widodo a, lui, défendu une « option de distanciation sociale à grande échelle » et le déblocage de 1,5 milliards d’euros d’aides sociales et subventions pour les revenus les plus bas.

Le chef d’Etat craindrait l’hypothèse d’un confinement total qui nuirait à l’économie du pays, dont une partie importante du secteur tertiaire serait paralysé.

Au rayon des idées farfelues, on relèvera la libération de détenus, 30 000 en tout, soit 10 % du total des plus de 500 établissements pénitentiaires (surpeuplés) du pays.

Le Ramadan de tous les dangers

Dans une vingtaine de jours débutera le Ramadan. Dans ce pays très largement musulman, c’est l’occasion d’une migration annuelle dite « Mudik » qui vise à retourner dans son village natal ou sa ville d’origine pour ce grand « jeûne » de l’islam. Etonnamment, le président n’a pas interdit ces déplacements de population risqués en période d’épidémie. Le Conseil des Oulémas d’Indonésie a pourtant déclaré ce déplacement comme « haram » (interdit).

Olivier Frèrejacques