« Black Friday » entre effet de mode et interdiction

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Le black Friday est de retour ! Cet évènement consumériste né en Amérique du nord tente de s’implanter en France depuis plusieurs années. Et s’il suscite aujourd’hui un certain engouement à grand renfort de publicité, certains politiques et commerçants verraient d’un bon œil son interdiction.

La grand-messe consumériste nord-américaine à l’assaut de la France !

Vendredi 29 novembre 2019 est le jour du « black Friday », ou vendredi noir, un jour de prix au rabais pour inciter à la consommation des ménages. Outre-Atlantique il correspond au lendemain de la fête de Thanksgiving et donne le coup d’envoi des achats de Noël. 

En France cet événement est présent depuis 2013 et semble prendre de l’ampleur depuis trois ans… son importance, à l’image des fêtes commerciales en général, dépend étroitement de sa couverture publicitaire. Et il se trouve que 2019 semble un grand cru en la matière. L’exercice en cours a par exemple été marqué par le grand retour d’Halloween, non pas du fait d’un attachement spécifique des français à cette festivité mais à cause d’une armada publicitaire agressive en notamment à destination des enfants. Pour le black Friday, même topo. L’intensité publicitaire aussi bien papier qu’internet a été massive. 

Le black Friday Boycotté par un demi-millier d’enseignes en France

2019 pourrait donc constituer une année faste pour cet événement commercial. Un événement qui ravit les consommateurs avides de nouveaux achats mais qui s’est aussi fait des ennemis. Ainsi, en France, un gros demi-millier d’enseignes boycotteraient le black Friday… en cause, son caractère… consumériste… une critique pour le moins étonnante venant de professionnels de la vente… dont l’objectif demeurent toujours le profit et donc de vendre toujours plus… rejeter le black Friday semble même devenir un argument commercial pour certaines enseignes. Ainsi, les opposants au vendredi noir dont la publicité est assurée par le média Brut ont proposé une alternative qui ne manque pas de saveur.

Un petit slogan en référence ironique à Donald Trump pour inciter à une consommation dite « responsable » dans des espaces de consommation comme les centres commerciaux, des temples de la consommation dont le bilan écologique peut largement être remis en question. 

La participation d’enseignes comme « Nature et Découverte » pourrait d’ailleurs populariser cette tendance… reste que l’hypocrisie de la démarche venant de professionnels et donc de concurrents saute aux yeux. Des professionnels de la vente qui dénoncent le black Friday mais qui n’ont souvent pas fait leur propre auto-critique… en effet si de nombreux consommateurs leur tournent le dos aujourd’hui, c’est aussi parce que leurs services de vente et d’après-vente ne justifient aucunement la différence de prix parfois énorme avec les achats internet.

A l’opposition des professionnels s’ajoute celle des politiques

A cette opposition de professionnels du secteur s’ajoute celle, non moins démagogique de personnalités politiques. Le ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, qui peine à exister dans le quinquennat marconiste, a ainsi fustigé une frénésie qui incite à acheter des produits dont « on n’a pas besoin ». Une critique recevable en principe mais qui paraît un peu étrange émanant d’un ministre d’Emmanuel Macron.  

Les petits soldats parlementaires de La République En Marche se sont eux aussi jetés dans la bataille en incluant un amendement au projet de loi « anti-gaspillage » dans la nuit de lundi à mardi pour interdire les campagnes de promotions en France. Une mesure qui implique des effets que ne semblent pas prendre en compte la majorité. En effet, l’initiateur du « black Friday » en France est Amazon… un géant qui ne se laissera probablement pas faire. Et si le black friday venait à être supprimé, qu’en serait-il des soldes ? Quel modèle commercial sera proposer en alternative ?

Cette opposition frénétique et soudaine au black Friday s’épanouit dans un argumentaire vaguement écologiste. Ainsi Amazon est par exemple accusé d’avoir détruit 3,2 millions de produits invendus en France en 2018… un gâchis important mais qui gagnerait à être mis dans la balance avec les gâchis des autres professionnels du secteur.

Quelles conséquences écologiques ?

Autre argument des anti-black Friday : les conséquences écologiques du phénomène. En effet pour assurer la livraison dans un Etat comme le Royaume-Uni aurait vu se déplacer 82 000 fourgons pour l’exercice 2017. Là encore il s’agirait de mettre dans la balance les effets pervers des autres professionnels ce qui n’est jamais fait.

Enfin la critique du black Friday telle qu’elle est faite aujourd’hui, concerne surtout Amazon et la vente en ligne, or, de nombreux commerçants travaillant en boutique que l’on qualifierait de « classique » font aussi le black Friday… 

Reste que le « black Friday » s’il est mal critiqué n’en demeure pas moins assez absurde… en effet, de nombreux produits ne sont en réalité pas moins chers ou très peu … et le conditionnement à l’achat par la publicité incite fortement à se diriger vers tel ou tel produit dont le besoin initial est parfois nul mais là encore le problème n’est pas le concept de black Friday mais la publicité qui le rend possible et c’est donc les conséquences qui est attaquée et pas la cause.

Le black Friday bon ou mauvais pour l’économie ?

Enfin à la question : le « black Friday » est-il bon ou mauvais pour l’économie, peut être répondu qu’à priori les pics de consommations sont favorables à l’économie nationale si tant est que les achats sont effectués sur des produits français ou tout au moins chez des distributeurs nationaux… l’efficacité reste donc encore à prouver sur le long terme…

Enfin la surconsommation et la chasse aux bonnes affaires comme palliatif aux destins moroses des citoyens-consommateurs demeure une perspective humaine assez peu reluisante… le black Friday 2019, lui, devrait marcher à plein régime, alors que de nombreux consommateurs craignant ne pas pouvoir faire leur course de Noël à cause du mouvement social annoncé le 5 décembre.

Ce sujet sera abordé lors du JT de TV Libertés de ce soir / Illustration : Needpix