Alain Finkielkraut : « La France Insoumise, c’est le nom que se donne la France soumise à l’islamisme »

737

GRAND ENTRETIEN – L’académicien s’inquiète de l’union de la gauche autour de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise. Le philosophe voit dans cette alliance la trahison de tous les principes fondamentaux de la social-démocratie.

Au-delà de la traditionnelle radicalité anticapitaliste de l’extrême gauche, Alain Finkielkraut pointe le danger d’une dérive communautariste flirtant avec l’islamisme et l’antisémitisme. D’autant plus que la majorité gouvernementale apparaît également, selon lui, ambiguë sur les sujets sociétaux. En témoigne, argumente l’intellectuel, la nomination au ministère de l’Éducation nationale de Pap Ndiaye, dont les travaux et les engagements indiquent une proximité avec les courants idéologiques wokistes et multiculturalistes. En mémoire de Laurent Bouvet, décédé il y a quelques mois, qui avait consacré une grande partie de son œuvre à critiquer l’importation depuis les États-Unis des notions identitaires, Alain Finkielkraut appelle le chef de l’État à adopter une ligne ferme sur la question de la laïcité et à restaurer une école fondée sur le mérite.

LE FIGARO. – Après avoir réussi une percée au premier tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a conclu un accord d’union des gauches écologiste, socialiste et communiste… Le succès de La France insoumise signifie-t-il un retour aux fondamentaux pour la gauche après des années de «social-libéralisme» ou est-ce une trahison?

Alain FINKIELKRAUT. – À votre question, Jean-Luc Mélenchon a répondu sans ambages. C’était en 2019, lors d’un meeting dans la ville devenue «sensible» d’Épinay: «Je n’ai pas peur de le dire, ceux que vous voyez dans ces quartiers, c’est la nouvelle France. Celle sur laquelle nous nous appuierons pour construire et faire tout ce qu’il y a à faire dans ce pays demain, tout changer.» Sans lésiner sur la démagogie, le leader de La France insoumise a donc repris à son compte les aspirations, les aversions et les obsessions de cette «nouvelle France».

En juin 2021, il a annoncé sur France Inter que, dans les dernières semaines de la campagne présidentielle, on verrait, «comme par hasard», un grave incident ou un meurtre, à l’image de ce qui s’est passé en 2012 avec les attentats commis par Mohammed Merah à Montauban ou à Toulouse: «Nous aurons le petit personnage sorti du chapeau, nous aurons l’événement qui va une fois de plus permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile. Voilà.»

(…) Le Figaro