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Edouard Philippe au Sénat : Droit dans ses bottes… mais elles prennent l’eau

Pour un Premier ministre de centre gauche, la prise de parole devant les sénateurs n’est pas un exercice angoissant. Cette assemblée de notables est largement dominée par les radicaux, socialistes ruraux, centristes, MoDem et autres LR. Les LREM pur jus sont peu nombreux, car l’assemblée a été élue avant l’OPA macronienne, mais nous sommes néanmoins en bonne compagnie, car la plupart des sénateurs se sentaient « macronpatibles »… jusqu’à ces derniers temps.

Ça sent le sapin pour le gouvernement.

Pourtant jeudi après-midi, Edouard Philippe était à la peine. Il venait en effet de subir un désaveu de la part du président Macron. La veille, devant les députés, il avait défendu son moratoire sur la hausse des taxes. Mais plus tard dans la soirée, et apparemment sans grande concertation, à la Hollande, Macron a annulé purement et simplement les hausses, se ralliant en quelque sorte au vote d’annulation du Sénat. Edouard Philippe, venu confirmer devant le Sénat ce gel des taxes, avalait donc son chapeau. L’autre annonce portait sur le SMIC : une vague recherche de mesures permettant d’augmenter les rémunérations les plus basses.

Par ailleurs le Premier ministre a tenu à exprimer son « dégoût » pour les saccages à l’Arc de triomphe. Il ne pouvait faire moins. Peut-être aurait-il pu s’interroger quand même sur l’incompétence de son ministre de l’Intérieur, ou – ce qui serait plus grave – sur son machiavélisme. « En France, c’est la République qui doit avoir le dernier mot », a-t-il conclu. Pourquoi ? Pourquoi la République et pas la France, tout simplement ? Depuis 1981, renouant avec une tradition héritée de la IIIe République, on donne le dernier mot à la République, plus jamais à la France.

« Organiser le vivre ensemble » et « faire société »

Le Premier ministre nous a appris au passage que 65 000 policiers seraient mobilisés ce samedi. Une armée ! Il a distingué casseurs et Gilets jaunes, n’a pas mis en cause la « peste brune », à la différence de l’imbécile qui se prétend ministre de l’Intérieur, mais il n’a pas poussé sa perspicacité jusqu’à identifier les « black blocs » et les autoproclamés « antifascistes », ni les racailles « issues de la diversité migratoire », venues à la dépouille. Pour cela, il suffisait pourtant de visionner les films pris samedi dernier.

Les sénateurs lui étaient grosso modo acquis, Patriat, ex-socialiste, le chef de file des LREM, rappelant, à la façon des curés progressistes des années soixante-dix, qu’il fallait surtout « organiser le vivre ensemble », « faire société ». Quelques voix moins conformistes se sont fait entendre ; par exemple, chez les indépendants, Claude Malhuret a fustigé la doctrine du « plus d’impôts et moins de services publics » du pouvoir en place ; Bruno Retailleau (LR) a entendu faire la différence entre « la France du grand déclassement » et « la France de l’ensauvagement ». Quant aux communistes, ils ont réclamé le rétablissement de l’ISF, pour compenser le gel de la taxe sur les carburants. Un impôt pour payer un impôt, en quelque sorte. C’est du Coluche ! Stéphane Ravier (RN) a rappelé que les Gilets jaunes, c’est tout simplement la France de Johnny Halliday. Et la situation actuelle est la conséquence de « la hausse des insultes, par celui qui était censé être le protecteur des Français […], la hausse des taxes et des prélèvements […], et la hausse du mépris envers un mouvement populaire, apolitique et pacifique ».

La suite se joue ce samedi. Dans la rue.

Francis Bergeron pour Présent