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Jusqu’au bout ! Les Gilets jaunes en position de force

Edouard Philippe consulte. Il reçoit. Il écoute, bien poliment. Emmanuel Macron le lui a demandé alors il le fait. Des ministres aussi. Et puis à l’Assemblée, et au Sénat, des débats vont avoir lieu. C’est pour ce mercredi. Le ton va monter. On va s’engueuler, les assemblées sont faites pour ça. Dans une certaine limite. Quand Jean Lassalle est  venu siéger revêtu d’un gilet jaune, ça a créé un«incident de séance». C’est dire s’il en faut peu pour créer l’émoi, que dit-on, le scandale qui déshonore la République parlementaire !

De retour de Buenos Aires, Emmanuel Macron est allé à l’Arc-de-Triomphe. Outrage avait été fait à la République, a-t-on entendu, oubliant que l’Arc-de-Triomphe avait été édifié à la demande d’un empereur et achevé sous un roi! Rien que cet oubli est un outrage à la France, comme l’avaient été, bien sûr, les exactions commises samedi sur le monument et à l’intérieur de celui-ci. Les uns saccagent, les autres outragent par la perte de mémoire. Avenue Kléber, ainsi baptisée en hommage à l’un de ceux qui ont porté les « valeurs de la
République » à leur firmament en une époque où la dite République ne faisait pas franchement l’unanimité, le chef de l’Etat a tenu à voir – enfin, apercevoir vite fait – les traces des dégâts et à remercier les forces de l’ordre. De quoi ? De ne s’être pas retournées contre ceux qui les avaient délibérément placées dans la situation insurrectionnelle où elles ont risqué leur vie du matin au soir de ce 1er décembre 2018 ? Depuis que Macron est rentré, il n’y a qu’un seul mot d’ordre : autorité. Les factieux de samedi vont être jugés. Sévèrement. Enfin, ceux que les policiers ont réussi à attraper, c’est-à-dire ceux qui couraient moins vite que les autres. Les clampins. Les lampistes. Ceux qui, pris dans la mêlée, se sont laissé aller, qui à jeter un pavé, qui à lancer une bouteille. «Ne dites pas le contraire, on a relevé vos empreintes ! ».

Christophe Castaner, lui, peut dormir tranquille, et Laurent Nunez aussi. Car tout cela est de leur faute. S’ils n’ont pas organisé les affrontements, les saccages, les pillages, ils n’ont rien fait pour qu’ils n’aient pas lieu. Pour le ministre de l’Intérieur et son secrétaire d’Etat,
pour le joueur de poker et l’ancien patron du renseignement intérieur, discréditer les Gilets
jaunes devait être un jeu d’enfants. Seulement le résultat a été à l’opposé de celui
escompté. Certes, Paris a brûlé comme ils s’y attendaient, c’est bien pour cela qu’ils avaient laissé l’ultra-gauche anarchiste venir à sa guise, en nombre, sans appréhender préventivement les militants dûment fichés, sans ordonner que se déroulent aux abords, à la sortie des bouches de métro, dans les gares, des fouilles de sacs à dos, sans répartir les effectifs en civil aux endroits qui auraient permis de les empêcher d’agir en leur mettant la main au collier (et, discrètement, dans la gueule) avant qu’ils ne passent à l’action.
Le résultat a été à l’opposé de celui escompté car, à l’exception des victimes directes de ce déferlement de violence inédit depuis des décennies, même au plus fort des émeutes dans les banlieues, les Gilets jaunes ont vu leur colère décupler. Certains ont tenté d’arrêter les casseurs, certes, mais beaucoup d’autres ont considéré que, somme toute, s’il fallait en passer par là, s’il n’y avait que ce moyen pour se faire entendre, cela pouvait peut-être aider à faire entendre leur cause. Et en province, certains s’y sont mis aussi, faisant penser à l’écrivain Christian Laborde qui, dans l’un de ses ouvrages, rêvait de ce jour où il assisterait à «un rap endiablé devant une préfecture en feu ».

Proposer trois mois de débats tout en maintenant les hausses de prix et de taxes qui sont programmées durant cette même période–sur l’essence, sur l’électricité, sur le gaz, et cela en plein hiver !, sans compter les péages et quelques autres–est se foutre du monde. Un moratoire immédiat sur toutes les augmentations programmées est un préalable.

Ils voulaient que ça pète pour discréditer, ça a pété, mais ça doit encore se renforcer. Dans la convergence des luttes. Dans la fusion de toutes les revendications de tous ceux qui n’en peuvent plus, et qui constituent l’immense majorité du peuple français, du chômeur auquel on ne propose rien que des stages – «Faut que vous vous formiez, mon brave » au petit patron assommé de taxes, du commerçant asphyxié par les « cotisations sociales » au smicard qui ne risquait pas d’être arrêté à Paris, il n’avait pas les moyens d’y venir ! Emmanuel Macron doit s’y préparer, s’il persiste à jouer sur le réflexe légitimiste et sur le pourrissement : fin janvier, ce sera pire. Car là, le salaire que les Français vont percevoir va tout simplement baisser. Janvier, c’est l’entrée en vigueur du prélèvement à la source. Bonne chance à lui pour faire œuvre de «pédagogie» et expliquer aux Français qu’au bout du compte, enfin d’année, ils n’auront pas perçu moins, quand leur problème, ce n’est pas la fin du monde, ce n’est pas la fin de l’année, mais la fin du mois. En février, elle ne commencera plus le 20, ni le 15, mais, pour certains, dès qu’ils auront perçu leur salaire… de janvier. Pour Macron, c’est maintenant ou jamais. Après, ce sera trop tard. Il aura beau rétablir l’état d’urgence, et même faire jouer l’article 16, les Français le renverseront. Et peut-être bien sous les applaudissements, voire avec l’aide, de ceux qu’il est allé remercier
avenue Kléber.

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