Christian Combaz : La France de Campagnol – Compil du 2 au 6 janvier 2017

Grand père indigne :
Sa retraite est suffisante, il a une grosse maison dans le pays, vous ne pouvez même pas dire qu’il en profite pour voyager parce qu’il a horreur de ça, il ne bouge jamais, la seule chose c’est qu’il vend des terrains pour s’acheter des voitures de plus en plus grosses, vous savez ces voitures qui valent 55 000 euros et qui nécessitent d’être surveillées par le concessionnaire avec des gants blancs. Parfois il paye un artisan extrêmement cher pour faire un conduit de cheminée apparent en inox ou une bizarrerie architecturale inutile. Alors que s’est-il passé ? Eh bien ses deux enfants, autour de 1995 étaient du genre pénible admirateurs de Jospin. Ils ont élevé leurs propres enfants dans l’idée que grand père était un fasciste parce qu’il lisait Valeurs Actuelles. Du coup quand les enfants ont atteint dix ans et demi ça a nui un peu, forcément, à l’image de l’aïeul.
Médecins non remplacés :
Ca fait longtemps que je connais le médecin de campagnol enfin il est basé à côté dans le village voisin mais c’est pareil, et j’ai été surpris qu’il m’annonce qu’il cherchait à prendre sa retraite avec trois ans d’avance mais il dit qu’il ne peut plus supporter le travail administratif qui plombe son métier, il dit que c’est la négation de l’apostolat du médecin, il dit qu’on ne peut plus guérir les âmes quand on est transformé en gratte papier et que les dossiers reviennent jusqu’à deux fois parce qu’il y a un truc qui manque. En fait ses petites annonces dans le bulletin du conseil de l’ordre et partout n’ont rien donné, il n’a pas pu se faire remplacer, alors il a même proposé de céder gratuitement sa clientèle, sa patientèle comme on dit, à une jeune médecin de Paris mais ils ne veulent pas venir, toujours à cause des papiers de médecin référent qu’il faut remplir.

Moissonneuses flashées à 140 :
Je voudrais revenir sur une chose qui fait bien rire la presse de temps en temps, mais pas du tout les agriculteurs à qui ça arrive, c’est le cas de ces engins agricoles genre moissonneuse batteuse ou tracteur qui se font verbaliser à huit cents kilomètres de chez eux pour avoir été flashés à 140. Nous sommes à Noël et un malheureux habitant de Campagnol qui a un tracteur plus tout jeune se bat depuis trois mois pour faire annuler un PV pour excès de vitesse qu’il aurait contracté près de Marseille en septembre. Dans un journal du nord du pays on rapporte qu’une moissonneuse a été mise à l’amende pour s’être garée en double file devant un restaurant. Et même qu’un engin agricole du lot a été verbalisé à fort de France. Evidemment il s’agit de plaques contrefaites que les petits caïds en BMW à vitres fumées apposent sur leur voiture avant de faire la course sur les périphériques, mais au lieu de le reconnaître et d’enrayer tout de suite les choses, la machine administrative française est tellement stupide et tellement lâche que personne, aucun subalterne, aucun chef de service, ne peut prendre sur lui de rayer le PV d’un trait de plume en statuant sur la bonne foi de l’agriculteur dès le début.

Grossièreté administrative :
Les relations des autorités, mairies, impôts, avec le public dans notre pays ont atteint un degré d’hypocrisie et de grossièreté qui mérite un recadrage vigoureux, je veux dire brutal à peu près dans tous les domaines. Pourquoi un rural, un semi-rural, y est il sensible plus que les autres ? Parce qu’à Campagnol quand quelqu’un est égoïste et cinglé, on ne tarde pas à le lui faire comprendre collectivement. Tandis que dans les grandes villes et les administrations anonymes auprès desquelles les campagnards sont amenés assez souvent à faire des démarches, eh bien ce qui règne, c’est  la contradiction de plus en plus violente entre le “nous sommes à votre écoute appuyez sur la touche étoile” et la vérité qui est plutôt “je m’en fous complètement de toutes façons vous serez déconnecté dans trois minutes”. La technologie, internet, tout ça a donné des ailes aux démarches aux réclamations en ligne mais vous vous apercevez qu’au bout du compte et surtout au bout de la ligne il n’y a personne les trois quarts du temps. Ainsi la mairie de paris a t-elle lancé un service nommé Paris connect (à l’anglaise évidemment) avec un pavé où l’on peut écrire une réclamation ou une suggestion sous le titre “je discute avec ma ville”.

 

Double vie à l’Ehpad :
Je voulais attirer votre attention sur un phénomène que j’ai observé dans une maison de retraite mais qui est valable partout, c’est que le personnel le plus jeune a une double vie. Je ne veux pas dire qu’une fois qu’il a fini son travail il va prendre des cours de théâtre, je ne veux pas dire que c’est une double casquette, non il mène une double vie parallèle à l’autre, en même temps que l’autre, grâce à son téléphone portable, son smartphone. C’est particulièment spectaculaire dans une maison de retraite parce que les pensionnaires, les vieilles dames, les vieux messieurs sont souvent à l’affût d’une attention personnelle de la part des jeunes filles qui s’occupent d’eux. Mais les jeunes filles en question pianotent du pouce pratiquement en faisant le ménage, et répondent en souriant à de mystérieux correspondants, et quand elles reviennent à leur décor habituel on  lit sur leur visage un truc du genre “laissez tomber vous pouvez pas comprendre”.

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